Découvrez Sade!
Amoureux d’une femme qu’on n’a jamais touchée, ni même effleurée.
Combien de fois n’ai-je tourné en dérision, ces hommes, amis ou collègues qui me contaient leur addiction pour telle ou telle femme virtuelle.
J’analysais leur déraison, et de moqueries en conseil inutile, usant de ma propension à faire la morale, j’aspirais à les guérir de leur folle illusion.
Puis elle est arrivée, elle, celle dont j’avais toujours nié l’existence, de plein fouet, en pleine poire, comme une rafale de vent plus violente que les autres.
J’ai tout à coup compris la signification du mot aimer, du mot manquer , du mot jalouser ,tout ces mots si banals qui ne vous émeuvent pas, parce que non concerné par des sentiments étrangers.
Croisée au hasard des rencontres virtuelles, j’ai appris à la connaître, au travers de ses mots, de ses plaisirs, de ses joies et de ses peines
Je l’entendais rire sans la voir, la ressentais pleurer sans même l’apercevoir .Elle me renvoyait l’image de celle que j’attendais sans le savoir.
Mais les femmes sont cruelles, elles apparaissent, elles disparaissent sans crier garde ou sans soucis, et moi pauvre Don Juan des temps modernes j’aurais vendu mon âme au diable pour qu’elle m’ouvre ou m’entrouvre ne serait-ce qu’un instant la porte de son jardin secret pour entrevoir le paradis.
Son regard, dont je n’avais croisé le reflet, hantait mes nuits, éclairait mes jours. Il m’inspirait le mot désir, le mot envie dans la douleur de l’impossible, l’impossibilité d’une rencontre.
Pourquoi faut-il toujours que l’on désire l’inaccessible, car inaccessible pour moi elle était. Une forme oblongue, sans forme et sans visage, qui m’inspirait sensualité et érotisme au travers de ces mots qu’elle calligraphiait en lettres majuscules pour formuler ses ressentis et de cette façon très singulière dont elle s’exprimait.
Une maîtresse mystérieuse avait rompu mon équilibre bien trop précaire, ma rationnelle attitude face à la gente féminine.
Elle avait disparu derrière ses maux et ses désirs, elle s’était évaporée de la toile me laissant un indescriptible manque dans le quel je me complaisais.
Puis elle est réapparue, plus belle, plus femme encore que je n’osais l’imaginer, par le biais d’un mail accompagné d’un icône me signifiant qu’elle existait, qu’elle n’était pas que virtuelle, mais bien une femme de chair et de sang ....
Je ne retenais que cela du message que je lisais, le regard partagé entre les mots alignés de façon linéaire et ces courbes si féminines dont elle m’avait honoré en se dévoilant un peu derrière un cliché.
Je m’étais alors mis à l’envisager comme une femme qu’elle n’était peut être pas, une impudique amante à a recherche de sa moitié, une exquise garce en quête de frivolité...
Notre relation s’était faite épistolaire, peu insolite en ses débuts, pour ne pas dire ordinaire, puis au fil des jours ma belle mystérieuse s’était encanaillée en formules érotiques qui me faisaient rêver. De toute cette période que je qualifierai d’apprentissage en séduction, ce qui me fit le plus défaut c’est la couleur de ses yeux clairs que je devinais troublants d’émotion et de persuasion.
L’avait-elle compris, un jour par retour de mail elle m’envoya une photo de son regard, uniquement son regard qui m’épingla un peu plus et plus profondément, des yeux verts innocemment corrupteurs.
Beaucoup moins candidement elle avait assorti la promesse de ses prunelles émeraude, d’un numéro de téléphone où je pourrais la joindre quand je le désirais, avait-elle précisé.
Je découvrais cette femme qui me faisait bander à petit pas, petit bout par petit bout. Un étrange sentiment m’étreignait, un sentiment non encore ressenti, celui de me piquer au jeu de la séduction cérébrale, celle qui émeut encore les garçons blasés de trop faciles et fugaces partenaires.
A la seule pensée qu’elle allait enfin me dévoiler sa voix, je n’avais pu réprimer une légère érection .Il était là le mot clés, cette femme me faisait bander juste par la pensée.
Sa voix me fut fatale, je tombais sous le charme presque instantanément, je déposais les armes, Cupidon, ce salop les avait retournées contre moi.
« Je crois qu’il est grand temps que nous nous rencontrions »
Le sort était jeté, je ne pouvais reculer et pourtant....
Pendant des semaines, puis des mois, nous nous sommes appelés tous les jours, nous avouant notre attirance, nous inventant des jeux fripons tout en délicatesse jusqu’à jouir de nos méfaits malgré la distance qui nous séparait.
Elle s’arma de patience, je repoussais sans cesse ses invitations dont elle regrettait qu’elles soient déclinées, mais jamais elle n’abandonnait ponctuant mes fausses excuses d’un habituel « tant pis, ce n’est pas grave, une autre fois »
J’en suis conscient, j’étais le bourreau de ses envies, le torero qui préparait sa mise à mort, devait-elle songer.
Mais la vérité était tout autre...Je craignais que ne s’échappe cette magie exceptionnelle qui avait jalonné notre relation épistolaire, et préférait inconsciemment la perdre que de la décevoir.
C’est bien à ce moment là que j’ai su que j’étais amoureux, car mon désir était assujetti à son désir.
Elle fit fi de mes états d’âme, m’envoya une ultime invitation, avant que de plus ni m’appeler, ni m’écrire.
Le manque, l’absence se firent ombres sur ma vie, assombrirent ma jovialité habituelle. Quand la carence fut par trop douloureuse j’abdiquais, au rendez vous j’acceptais de me rendre.
Elle ne m’avait pas facilité la tâche, car c’est à Paris qu’elle avait décidé que nous nous aimerions, ne me laissant même pas le choix du lieu de notre rendez-vous.
La délicieuse garce qui m’avait détourné de mes convictions ne me tenait pas par la queue mais par les neurones, contrairement à tous les autres femmes qui réduisaient mon cerveau à sa plus simple expression reptilienne.
Notre rencontre fut cataclysmique.
Le mystère dont elle s’enrobait m’a ébloui en un instant, elle a alimenté mon trouble d’une aveuglante féminité dont elle m’a fait prisonnier, comme une araignée capture ses proies dans les fils de sa toile argentée.
Elle m’a fait marcher à deux pas du soleil, juste le temps de l’embrasser, de déposer sur ses lèvres dérobées ce baiser que je désirais depuis si longtemps.
Juste un désir m’a effleuré, caresser l’inconnu, du temps faire mon affaire, le congédier juste une nuit pour que je puisse l’aimer à l’infini, sans me soucier du lendemain.
La suite ne vous regarde pas, pas de détails « scabreusement » érotiques, elle a juste embrasé mes espoirs que jamais les événements ne nous imposent la fin des sentiments. Elle s’est donnée à moi en toute impunité m’éclaboussant de désirs et de passion dévorante, de morsures cruelles en baisers affamés, comblant mes espérances au-delà de toute rationalité.
Juste vêtue d’un rayon de soleil, de la rousseur d’une latine charnellement amoureuse d’un amant de désirs dévoré, elle m’a offert son corps comme on offre la beauté d’une voûte étoilée, naturellement, ou celle d’un diamant des plus purs.
Elle ne m’avait rien caché, je savais qu’elle était belle dans le plaisir, mais je savais aussi qu’elle n’était pas entièrement libre, qu’à un autre elle appartenait.
Une folle idée m’a emporté, l’enlever, un rapt érotique, l’arracher à l’autre ....24 heures pour la persuader de m’aimer, de faire de moi l’unique propriétaire de son corps, après elle pourrait faire ce qu’elle voulait de moi.
Pourrais-je supporter de la savoir dans d’autre bras ?
Pourrais –je supporter les hôtels sombres, les rendez-vous volés ?
Pourrais- je supporter de vivre du souvenir de nos ombres entrelacées, de nos baisers dissimulés derrière des promesses de ne plus nous quitter ?
Pourrais je supporter des corps à corps interdits, des minutes volées, des ruses condamnables pour que nos peaux puissent se retrouver dans une jouissance complice de nos débordements ?
Pour l’instant je l’aimais pour ce qu’elle me donnait, cette folie charnelle qui avait conduit ses pas dans cet hôtel parisien où elle m’offrait sa vie, une portion d’éternel, éclairant mon destin en recherche d’amour dans le soleil ou la nuit noire ....
Je voulais juste m’imprégner de ses rires quand elle m’adorerait, m’abreuver de ses larmes quand elle me quitterait, pour faire de nos vies entrelacées un vibrant souvenir, de ceux que l’on dit éternellement irréversible.
© Octobre 2008 mystérieuse
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