bon, ben moi aussi c’est fini
c’est contagieux, et pandémique, pire que les grippes A, mexicaine et porcine réunies
ils s’en vont tous, une vraie hécatombe, alors je pars aussi
enfin, quand je dis je pars, je m’absente
un certain temps, un temps incertain, jusqu’à, j’sais pas moi, jusqu’à mon retour tiens, banane
à cause d’une certaine rencontre je pars pour une rencontre incertaine
je reviendrai début juin, 15 juin, pas plus tard, promis
tu vas trouver le temps long, d’autant qu’il y en a des qui sont partis dé-fi-ni-ti-ve-ment, et que ça fait un trou
alors, j’ai décidé de t’en pondre une tartine, cette fois, juste pour te faire patienter
mais fais gaffe, faut pas avaler ça d’un coup, ça va virer au pensum, faut déguster, à petites doses, ou alors, cent fois sur le métier il te faut remettre l’ouvrage
rends-toi compte, je ne reviens QUE le 15 juin !
je t’avoue quelque chose ?
j’ai un peu la pétoche, je crains de voir ma courbe statistique ressembler à nouveau à un encéphalogramme plat
la ligne d’horizon j’ai rien contre, c’est même beau parfois, mais je suis béarnais, je te l’ai déjà dit, chez moi, les jours où il ne pleut pas, t’as les Pyrénées qui t’ont quand même une autre gueule que l’Atlantique vu de la plage d’Hossegor, les jours où il ne pleut pas non plus et que la mer est étale, pardon, l’océan
faut pas que je me mette les landais à dos, j’ai envie d’aller habiter par chez eux pour mes vieux jours, terrain plat pour les marches cardiologiques, odeur du pin, mieux que la Saint-Marc ménage, pour les bronches, immenses plages peuplées de jeunes hommes nus, pour faire frétiller coquette, c’est marrant, les moins jeunes qui s’épilent se rasent le bas-ventre pour ne pas avoir à cacher de disgracieux poils longs et blancs, elle les voit pas
ma courbe statistique, elle a un peu décollé
sous l’effet Lars Stephan, c’est ouf ce que la bite de ce monsieur attire les foules, mais aussi parce que j’ai quelque(s) lectrice(s) et un ou deux (trois ?) lecteurs… assidus
ce serait bien si tu venais quand même faire un ti tour de temps en temps, ne serait-ce que pour prendre le temps (encore !) d’aller un peu plus à la découverte
tu sais, sur l’étagère, en haut, à droite, il y a des rubriques où on ne va jamais pas souvent, il y a un livre d’or qui ne s’est guère enivré d’éloges ou d’insultes, mon pote Camille en noir et blanc
tu sais, y a des photos qui cachent des… photos, et des liens, aussi, vers des gens vraiment dignes d’intérêt, tiens, comme toi, à qui ça fera peut-être plaisir si tu dis que tu viens de ma part
ma courbe statistique, je compte sur toi pour te me l’aiguillonner un peu
pendant mon absence, si je tombe sur un ordinateur docile, je te promets de venir te faire un petit coucou…
… et je ne modèrerai ni commenterai les éventuelles réactions, elle paraîtront brutes de fonderie, telles quelles, c’est marrant et sans garantie tel quel au féminin pluriel, et à ce propos, nota : le féminin pluriel est une idiotie ineptie (pourquoi le ?) et un pléonasme
les lunules du bonheur
mignon ? non ?
une certaine rencontre
c’est plus comme avant
avant, c’était à cause des essais nucléaires que tout allait à vau l’eau, surtout le temps
après, on a accusé l’ordinateur, t’as pas eu ta paye à l’heure, c’est la faute à l’ordinateur ! t’as pas reçu tes remboursements de la sécu, c’est la faute à l’ordinateur ! on t’a oublié dans la livraison des calbutes que t’as commandé à la Redoute, c’est la faute à l’ordinateur, ou aux trois suisses, là on sait plus trop
maintenant, l’ordinateur il est chez toi et tu te rends bien compte qu’il fait bien moins de conneries que toi
il est bosseur, c’est vite fait, il t’extrait une racine cubique à la soixante-douzième décimale en deux coups de cuillère à pot mais t’en as rien à branler, quand tu comprends, c’est souvent bien fait, ouais, vite fait et bien fait…
… il n’est que bête et discipliné, et têtu comme une bourrique algérienne en plus
pourquoi algérienne ? ben, je sais pas, j’ai dit ça comme ça, tu sais à quoi ça ressemble un âne, toi ?
ton ordinateur, chez toi, c’est aussi Internet, et Internet il te dégaine des photos de canassons plus vite que Lucky Luke, et au milieu, il y a Jolly Jumper et ton Cadichon, faut juste que tu tries
mais si plus rien n’est comme avant c’est la faute grâce à Internet
d’abord c’est gratos, enfin, pour trente euros par mois tu peux faire les conneries que tu veux, te recueillir dans une lamaserie tibétaine, lister les mérites comparés de Nicolas et d’Olivier, son adversaire de dans trois ans, putain trois ans, faire venir des filles à la maison, enfin, sur ton écran, ou des photos de bites, ou des bites qui bougent, et puis, si t’es pas le dernier et que t’es équipé, je parle pas de ta queue mais de ta webcam, tu peux aussi montrer la tienne à qui tu veux et qui veut bien la voir
Internet est un outil de communication formidable, qu’ils disent, tu causes avec les antipodistes ou les australopithèques (on dit aborigène ? ah bon !), ceux du bout du monde, quoi, aussi facilement qu’avec ton voisin, en instant T, en instantané
avec ton voisin !?
avant que je sois arrêté pour maladie longue durée, on n’avait pas de bécane à la maison
au boulot, je me crevais les yeux sur un écran huit heures par jour, je dessinais sans aucune tache d’encre, et mon chéri au moins quatre, alors, on n’en voulait pas (putain, que c’était bien !)
la première chose que j’ai faite à été de me payer un PowerBook G4 15″ parce que Mac, c’est l’ordinateur domestique pour les nuls
sans mettre le nez dedans, j’ai posé les index sur le clavier…
… et, au fil des jours, j’y suis passé tout entier dans le presse-pomme
je suis pas chien, j’ai fait une petite place à mon chéri, et il a abandonné l’argentique, ce con
je reconnais que la photo numérique qui se passe des pochettes de pellicules et boitiers FNAC de tirages papier, c’est toujours ça de bordel en moins, et itou de crise de nerfs pour retrouver le négatif égaré de la photo qu’on a déjà donné à retirer une fois (putain, que c’était galère !)
mon chéri avait pourtant juré que jamais il n’abandonnerait l’argentique, à Noël je lui avais payé un reflex du feu de dieu, début mars il se payait un bridge numérique, le reflex et sa sacoche sont partis sous le canapé, puis aux oubliettes, et la photo t’a pris une autre dimension
c’est moi qui ai eu cette idée saugrenue du blog
j’aurais mieux fait de me casser une jambe, parce que sitôt initié, sitôt accro, ça a donné deuxmainsdixdoigts et il a accaparé le portable et je peux dire qu’il m’a obligé à me parjurer et à investir dans un iMac, un bureau pour le poser dessus, un fauteuil ergonomique pour m’asseoir devant, faut dire que mon patron m’avait licencié pour raison de santé et que j’avais reçu un petit pactole
moi aussi j’ai ouvert un blog, d’abord sur Blogger, puis sur WordPress, puis çui-ci que v’là et qui t’enchante parce que tu le vaux bien
t’as pas envie de faire pipi ?
si ? je me disais z’aussi !
c’est pas que mon billet va s’échapper, mais je te conseille de quitter negative plus, et aussi l’application
tu peux même éteindre ta machine si elle ne pédale pas trop au redémarrage
comme ça, à ton retour, quand tu te seras soulagé et lavé les mains, ce sera bon pour mes stats, et allez hop, un visiteur de plus
je te mets une photo, parce que c’est toi, elle n’a rien à voir avec mes balivernes et mes élucubrations, elle est là pour faire joli et puis je sais que ça fait plaisir à tous ceux que mes mots-maux gonflent
un cœur
un blog, ça rend fou
tu glisses tout doucement, tu perds toute notion du temps, tu ne sais plus faire le distinguo entre réel et virtuel, entre la vie que tu t’inventes et ta vraie vie
je me suis mis à rencontrer des gens sur la toile, des gens affublés de pseudos plus ou moins exotiques et qui tenaient comme moi avec plus ou moins de talent des espèces de journaux intimes, des fourre-merde où ils s’épanchaient avec plus ou moins de franchise ou au contraire de mensonges
chacun de son côté, mon chéri et moi, on pianotait sur nos claviers et on allait se saouler de la vie rêvée des autres, on voyageait sans quitter le cul de la chaise, on tombait amoureux, pour de faux, d’êtres improbables ou imaginaires
du moins était-ce ce que je croyais !?
parce que sans avoir l’air d’y toucher mon chéri avait quitté la blogosphère à mon insu pour un autre monde moins fictif et plus… sordide ? malsain ? licencieux ? vulgaire ? celui du… cul
les gays, c’est quand même pas des gens comme les autres, les gays, ça n’a pas de frontière, ça ne connait pas de barrière, et c’est ça qu’est chouette, ça t’a une ouverture béante sur le monde, buccale ou anale, ou bien cérébrale, où tout ce petit monde s’engouffre pour s’enc…, pour s’emp…, pour fucker à qui mieux mieux
mais les gays, c’est tous des bâtards, enfin, ce le serait si ça se reproduisait
t’as pas beaucoup ça chez les zéréros, des couples aussi dissemblables… et aussi assortis
foin de l’âge, foin de la classe, sociale la classe, parce que de la classe ils n’en manquent pas, foin de culture, l’un peut être bac+8 et l’autre ne pas avoir son certif, alors, foin des bocks et de la limonade, des cafés tapageurs… j’suis pas sérieux
c’est dommage qu’ils ne se reproduisent pas entre eux, quels jolis bâtards ça ferait
le métissage, c’est l’avenir de l’humanité, y a que comme ça qu’on peut améliorer la race humaine !
n’empêche, quand tu croises un mec dans la rue qui est ton aîné de douze ans, tu ne te retournes pas toujours, quand t’es assis dans le métro à côté d’un ti-gars qui a dix ans de moins que toi, tu n’oses pas frôler ta cuisse sur la sienne, tu gardes juste l’épaisseur des deux jeans, tu imagines et tu ressens des sensations, comme un frémissement qui ne sera pas
je te parle d’un temps…
maintenant, il y a Internet
sur un site dédié, à la page PA, petites annonces, tu lis : JH 35 a. (tiens, comme moi), TBM, (tiens, comme moi), autoreverse (ça tombe bien, c’est comme moi), ch. JH 34-36 a. (c’est pile poil moi) pour faire ami-ami et + si aff. (tain ! sûr qu’on va se trouver des affinités !), Paris-Bois de Vincennes (mazette ! un voisin ! j’le connais peut-être !?)
il y a une adresse hotmail, il y a toujours une adresse hotmail, alors tu écris : JH 35, TBM, autoreverse, et bla, et bla, peu de bla-bla, faut pas déconner, on n’est pas là pour ça, habite l’orée du bois, dedans, on n’habite pas, on est SDF et on se les caille
et là, t’as tapé dans le mille, il t’a trouvé drôle avec tes histoires de Robin des Bois
alors vous vous écrivez
et puis vous faites durer le plaisir, vous vous ressemblez tellement, vous êtes tellement faits pour vous entendre, c’est tellement bon de se trouver un alter ego…
et puis un jour, au bout d’une semaine (d’un gros week-end ? ah bon !) c’est le rendez-vous
c’est la première rencontre…
ça ne doit pas marcher à tous les coups, mais mon chéri et son mecton, tous deux menteurs sur leur date de naissance, n’avaient qu’une bonne décade d’écart d’âge, l’un s’est avéré exclusivement actif, et l’autre comme par hasard, exclusivement réceptif, l’un affublé d’un braquemart… honnête, sans plus, et l’autre d’un tout petit oiseau, et, cerise sur le gâteau, ils habitaient bien à portée de quéquette l’un de l’autre
alors, sans trop discuter, ils ont fait ami-ami
tu parles, des “âmes en peine” qui hantent les fins fonds de la toile, ils se sont vite trouvé quelque affinité
je te mets ça au singulier, parce que ça me parait singulier de n’avoir jamais rencontré cet …… de clown, ce putain de salaud de bordel de con de sa mère, dis, «♑♂☆☈☁☝♨♫☭☇☂», puisqu’on habite le même pâté de maisons, ou presque
maintenant, ces deux empafés, ils sont copains comme cochons, et sans doute un petit peu plus depuis qu’ils ont tous les deux fait le test anonyme et gratuit
moi, en tous cas, j’ai reculé de plusieurs crans dans les sujets de préoccupation de mon chéri
c’est tellement inconfortable que ça m’a donné quelque idée…
je te la mets au singulier, elle est fixe !
happy (c'est écrit dessus, comme le...)
pas mal ? hein ?
la rencontre incertaine
que celui qui n’a jamais bêché me jette la première pierre
tu sais, moi et le jardinage !?
et pourtant…
je me suis dit que j’étais pas plus con qu’un autre, et que si mon chéri avait réussi à ferrer une ablette, je devais bien être capable de harponner un thon
ça sert à rien de se ronger les sangs
pute borgne, fallait pas que je me laisse glisser jusqu’au fond du trou, alors j’ai pris mon chéri entre quat-z-yeux plutôt qu’en traitre, et j’y ai dit :
patroque, là tu déconnes à fond
la règle du jeu entre nous, c’est que tu ailles chercher au-dehors ce que tu n’as pas dedans mais pas que tu donnes à un autre ce que tu peux encore m’apporter et que tu fasses avec lui tout ce qu’on faisait hier ensemble, t’as pas le droit de me laisser sur la touche, ni de me traiter comme tu me traites, merde, après tout ce temps
tu veux le beurre, l’argent du beurre, mais aussi la vache et la fermière qui va avec pour la traite
je peux pas
je me sens humilié, seul et humilié
tu n’as jamais su jusqu’où tu pouvais aller trop loin, et tu joues gros
je n’ai pas dit que tu allais tout perdre, mais tu vas perdre gros
à partir de maintenant, je suis en chasse
toi, tu en es au énième… et tu es toujours revenu, là c’est plus sérieux, mais quand tu auras assez joué, tu le jetteras et tu reviendras ronronner à côté de moi, je prends le pari
moi, ce sera le premier, mais prie le ciel pour que ce ne soit pas le bon, je ne suis pas plus difficile, et si je tombe sur le bon, je te jure que… je fous le camp
parce que je suis usé, parce que j’ai plus confiance, parce qu’un jour tu me laisseras tomber si je ne le fais pas le premier
parce que je t’aime, salaud
il a eu pour moi ce regard qu’ont les mômes butés, il me défiait…
mon chéri est un gosse égoïste, dual comme un gémeaux, orgueilleux comme un pou, têtu comme une mule, not’ Mémé de Toulouse le traite d’innocent, inoucynthe comme on dit là-bas, ça veut tout dire, c’est beaucoup d’affection aussi, je te le dirais bien en béarnais, mais tu comprendrais pas…
… et j’ai souvent envie de lui filer une torgnole
comme là
maintenant il y a Internet
sur un site dédié, à la page PA, petites annonces, récemment, tu aurais pu lire la mienne
jamais je ne me serais cru capable d’autant… d’objectivité
il faut croire que quand on sent sa fin prochaine, on se met à être humble et honnête, je t’ai fait un portrait de moi, humble et honnête, avec tout ce qu’un candidat au petit bout de chemin ensemble pouvait attendre de moi, mon âge, celui de l’état civil, ma sérologie à vih, plus, mon cv de la prime enfance à nos jours, avec le nombre de mes amants, deux (trois ? ah bon ! si tu le dis) et en prime deux photos anthropométriques récentes, face et profil, de mon faciès, qu’est-ce que tu crois, pas de ma quéquette
j’ai avoué que je bandais mou, que je ronflais, encore que je ne l’ai jamais entendu, c’est mon chéri qui me reproche ça, que mes cheveux avaient tendance à être clairsemés sur l’arrière de l’occiput, ça se voyait pas sur les photos,
à mon crédit j’ai aussi dit que je ne puais pas des pieds, que je ne pétais pas au lit, que j’étais coca light plutôt que pepsi max (merde ! Chrisse est parti, il aurait été content de lire ça que je lui ai piqué) et que je changeais de caleçon tous les jours
et que penses-tu qu’il advint ?
ben, une touche !
pause pipi
quoi encore ?
ben oui, toi tu te rends pas compte, tu lis, tu dévores, tu te passionnes, tu dis : quel talent d’or Société Générale ! woaou, my ankles !
mais pour moi qui écris, les minutes ne s’coulent pas de la même manière, et ma vessie se remplit, fatalement
adonques, il me faut aller la vider de ce pas, mon absence sera de courte durée…
… t’as bien le droit de prendre une canette
… et je te mets une zolie zimage, t’es tellement sage
psssst ! t’éteins ton ordi, tu le rallumes, et tu reviens me voir, hein ? mes stats !!!
deux pique
il y a exactement le même que moi à trois heures de TGV de ma bonne ville polluée et bruyante, et remplie de merdes de chiens et de papiers gras sur les trottoirs, de têtes de veaux dans leur bagnole sur la chaussée, et municipalement dirigée par une pédale autoritaire et matoise
à trois heures de TGV de ma bonne ville, c’est la campagne, c’est le Lubéron, la terre rouge de Roussillon, c’est le pont, on y danse tous en rond, mais y a du vent
il s’appelle Gérard, c’est joli Gérard, ça me rappelle Coluche quand ça empeste le haschich (hakik) dans les cabinets, ça me rappelle Renaud, ce soir-là, à Rungis, Gérard quoi
mailons-nos, qu’il m’a dit, on a échangé des mails, il n’écrit qu’en majuscules, pas pour gueuler, juste pour voir ce qu’il écrit et pour pouvoir se relire
bigophonons-nous, qu’il m’a dit, on a échangé nos téléphones, il a une voix jeune, mélodieuse, comme attentionnée, style assistance publique
msnons-nous, qu’il m’a dit, et en T9 j’ai répondu que moi-aussi, ma charge virale était indétectable
Gérard est seul, son mec l’a plaqué pour partir retrouver un ex, ce doit être un gémeaux, et il se morfond dans une trop grande maison sur les hauts de Hurlevent
et puis, il a peur la nuit
il est entouré de fantômes qui l’appellent : GéraaAÂAaard !!! ça te fait peur, non ?
je n’ai pas peur des fantômes, ils ne savent pas dire janjacq, ils sont comme les gosses, ils zézayent ou zozotent, zanzacq, ou alors ils font des arabesques, djandjacq, et puis ils savent pas placer l’accent tonique ni appuyer la finale, janjacQ ! ils me font pas peur
alors, je suis invité
je suis invité à passer chez lui quelques jours, ou une semaine, ou deux, c’est moi qui décide
j’ai dit oui, je ne pouvais que dire oui, après tout, c’est moi qui ai passé l’annonce
bien sûr que ça me donne le droit de choisir et de faire le difficile, mais je n’ai pas eu trente-six réponses non plus
c’est vrai que là où je l’ai mise, une page chasse l’autre à la vitesse de la marée dans la baie du mont, quoi ? c’est pas ça l’image ? bon, à la vitesse du Paris Gare de Lyon – Avignon Gare TGV, ça te va ? leur trombinoscope te donne le tournis et ta bouille, face et profil, je te rappelle, est la reine des éphémères
il a quand même du mérite le Gérard
trois heures de TGV, en bagnole ça fait dans les sept-cents bornes et trois fois plus de temps avec les arrêts-pipi, fréquents, t’as remarqué, et les pauses-café
il y a longtemps que je n’ai pas conduit autant parce que c’est toujours mon chéri qui s’y colle, mais là, je suis obligé de prendre la bagnole, parce qu’après je veux faire Toulouse, pour Mémé, et le Béarn, mon pays, pour les cent ans d’Alice, le premier juin
quand je lui ai demandé qu’est-ce qu’il branlait de ses journées d’arrêt maladie longue durée, Gérard m’a répondu : jardinage
sa maison est construite sur quinze cents mètres carrés de terrain
putain, c’est grand quinze ares, surtout si je les compare aux neuf mètres carrés du balcon de l’appart, là où je laisse volontiers crever les plantes et les fleurs que mon chéri me demande d’arroser quand il ne peut pas s’en occuper lui-même
j’ai pas la main verte, qu’est-ce que tu veux, c’est pas donné à tout le monde
mais si le Gérard doit être gonflant à propos de jardinage au prorata des surfaces cultivées, ça va pas le faire, parce que voir quelqu’un donner autant de mamours et de cajoleries à des plantes vertes ou à leurs feuilles, être attentif au moindre signe et les interroger en permanence sur leur état de santé, et pas être seulement foutu de te refiler une caresse, ça me hérisse grave
demain matin, euh tout à l’heure, je prends la route
tu sais, la Mini, elle a du coffre, mais je l’ai remplie comme un œuf, bon, c’est pas comme quand nous partons nous partions avec mon chéri, mais c’est pas triste non plus
tu noteras qu’il y a une sacrée différence quand même, de la place pour un auto-stoppeur, à côté de moi, à ma droite
c’est beaucoup d’autoroute, d’accord, et les auto-stoppeurs sont une espèce en voie de disparition, d’accord, ou alors c’est juste jusqu’à la prochaine station-service, plus pour des centaines de kilomètres…
… un jour, j’ai pris un jeune gars à la sortie de Bordeaux, direction Paris, il était beau comme seuls savent l’être les zétéros qui se la pètent pas, il était fatigué, il s’endormait, moi qui comptais sur lui pour qu’il me tienne éveillé et attentif à la route, c’était rapé
je me suis arrêté à Poitiers, j’ai payé le Campanile, le lit était immense, la cabine de douche aussi, avec des jets tout partout qui te piquaient la couenne, tu pouvais ficher de l’eau tout partout, t’en avais rien à battre, il arrivait d’Arcachon ou de Montalivet, il sentait bon le sable chaud, il m’a fait croire que c’était la première fois, j’ai fait semblant de le croire, il m’a aimé comme un fou mon auto-stoppeur
pour un p’tit déj.
blanc c'est blanc (air connu)
et lui ? oui ?
voyage au bout de la…
il est déjà prévenu Gérard, mais si ça se trouve il va me ficher dehors dès le premier soir
je lui ai dit :
bon, je reste quelque jours, ou une semaine, ou deux, mais le premier juin, il faut que je sois en Béarn, au pays de mes ancètres, c’est im-pé-ra-tif
on fête les cent ans d’Alice
c’est pas rien cent ans
elle, elle s’en fout bien un peu, je crois qu’elle ne se rend plus compte, ou alors, elle fait semblant, pour conjurer le sort
son toubib l’a tellement tannée, depuis trente ans au moins, en lui rabâchant qu’elle avait un cœur de centenaire, qu’elle a fini par se fixer cette date du premier juin prochain comme challenge, et pute borgne, elle tient le bon bout
ça fait trente ans au moins qu’elle en appelle à son bon dieu pour qu’il la rappelle auprès de lui, on a tous entendu cela même si elle ne le dit pas trop fort de peur qu’il l’entende
non seulement il ne l’a jamais entendue, mais je crois bien qu’il l’a oubliée, son bon dieu, alors tu va voir que le mardi 2 juin 2009 elle va se fixer un nouveau challenge : battre le record de Jeanne Calment, pas moins
hé, l’Âge d’Or, vous n’avez pas fini d’en chier, Alice a planté ses skis dans les traces de Jeanne !
non, je suis injuste, elle est adorable Alice
mais je suis objectif, c’est injuste
tu vois, si je troquais mon cœur et mes artères contre les siens, mes yeux, mes reins, mon foie aussi, mes cheveux contre les siens, je ne serais pas perdant au change
sa mécanique, c’est de l’horlogerie de précision qui n’a jamais failli, si je pouvais en dire autant de la mienne
elle est usée, ok, mais je vais péter une durite avant elle, et ça, c’est pas une idée que je trouve très digeste
il y a quelques années, elle était encore solide sur ses pattes, c’est moi qui ai fait découvrir Paris à Alice
elle n’y était venue qu’une seule fois mais elle n’en avait pas gardé un très grand souvenir, pas même de la Tour Eiffel ou du Sacré Cœur, elle a adoré le Sacré Cœur
elle aimait ajouter avec un sourire coquin que sa mère était enceinte jusqu’aux yeux, que c’était en… 1909, et qu’elle était bien installée dans son ventre
je suis allé la chercher chez elle pour l’accompagner par le train comme pendant quinze jours dans toutes ses sorties de touriste émerveillée
pour elle, j’étais en vacances spécialement pour lui servir de guide, en fait, je venais de me faire foutre à la porte par mon patron qui n’avait pas apprécié de me retrouver en boite, perruque, bas résille et talons hauts, lui, costard noir Hugo, débardeur gris Boss, moi
j’ai toujours fantasmé sur un mec que je me ferais dans le train, et je n’en étais pas à mon premier voyage, un béarnais qui travaille à Paris, au début, c’est un bon client de la SNCF
dès le départ de Pau, je me suis fait draguer par une crevette dont les frétillements ont laissé Alice indifférente
à Orthez, enfermés dans les toilettes exiguës… et branlantes, nous avons éjaculé l’un sur l’autre, aucun de nous deux ne s’étant convenablement équipé
je suis allé me rasseoir à côté d’Alice qui m’a demandé s’il y avait beaucoup de monde dans le train, j’ai dit oui, euh, non, de toute façon elle se fichait de la réponse
mon p’tit gars est descendu à Dax, je me suis endormi près de la vieille dame qui avait posé la tête sur mon épaule sans se rendre compte, peut-être, combien sa présence toute habillée de noir m’avait porté… chance, et combien j’étais… vidé
tu vois, Alice et moi, on a nos petits secrets
j’en connais un qui va être content
c’est Raffarin ! tu te souviens pas de Raffarin ? le bouledogue anglais, le premier ministre de Chirac, celui qui chante noir c’est noir à la télé parce qu’il est fan de cette vieille peau d’idole des jeunes, celui de la canicule qui voulait qu’on travaille le lundi de Pentecôte pour les personnes âgées
le premier juin, c’est férié cette année même si c’est aussi le lundi de Pentecôte, et moi je vais le passer à côté d’une centenaire, pas même rescapée, elle n’a jamais eu chaud pendant la canicule, et puis, de toute façon, elle dit que ça n’a touché que des vieux
elle est pas belle la vie ?
pause
ben ouais !
t’as bien vu que mon billet est rythmé comme une émission de télé en clair, ça s’appelle des coupures, c’est fait pour respirer, ça permet de te présenter des minous, cette fois un p’tit cucul, comme je les aime bien
il y a un mot de la langue française que j’aime bien aussi, c’est éphèbe, si tu vois ce que je veux dire, et sinon, t’as le diCo, en haut à droite, sur l’étagère
une pause ? c’est aussi fait pour que tu laisses un peu reposer ton ordinateur :
alors, 1- tu l’éteins, 2- tu vas faire pipi, si tu n’as pas envie tu te sers une canette, pour avoir envie, ou alors tu vas faire une bise à ton doudou qui est déjà parti au lit, 3- tu prends ton temps, tout le temps qu’il te faut, tu peux faire popo s’il faut, de toute façon je t’attends, pour la suite (et fin ?), 4- tu rallumes la bécane et tu reviens sur mon site, bling, une unité au compteur, parce que 5- il ne faut jamais perdre de vue mes stats, pense à mon… moral
trois... j'hésite...
je n’ai pas envie de rentrer directement à Paris
et si je faisais le détour par Hossegor ?
j’aime bien le lac d’Hossegor et en faire le tour à pied, en promenade, sur l’une des rives, je regarde les maisons qui sont souvent fermées, sinon en haute saison, quand je ne suis pas là, ma préférée est très grande et très haute mais très bien proportionnée, vert olive, avec quatre poteaux cylindriques, élancés, blancs, en façade lac, qui maintiennent le large balcon suspendu de l’étage et l’immense auvent en avancée de la toiture, au rez-de-chaussée les baies vitrées ne sont jamais occultées, il n’y a pas de rideaux -mais des housses- pour cacher les fauteuils Le Corbusier, la cheminée, ou les éléments de la cuisine ultra-moderne, c’est “ma” maison, à l’ombre des pins, j’ai eu pour elle un coup de foudre et je l’aime comme au premier jour
je n’y ai jamais vu personne, elle est pourtant toujours entretenue comme si ses occupants étaient partis la veille et revenaient le lendemain
j’aime bien aussi la plage et m’asseoir sur le sable, face à l’océan
mes ballades, je les fais toujours le matin, quand le soleil éblouit la façade de “ma” maison vide
mes rêveries sont tardives, pour le coucher du soleil, quand la plage a été désertée et que ne restent plus que quelques pingouins
ils sont souvent comme moi assis sur le sable à regarder les vagues, et comme je ne vois que leur dos, côté ombre, et que leurs combinaisons sont presque toutes noires j’appelle pingouins ces surfeurs qui me fascinent tellement ils sont jeunes et beaux, bronzés et blonds, graciles dans leur habit de soirée noir
la passion de ces garçons pour cet étrange sport est quelque chose qui m’a toujours interpelé
c’est comme s’ils voulaient de toute force dépasser l’absurdité et se démontrer ainsi que leur vie vaut la peine d’être vécue, on est en plein Mythe de Sisyphe, pas moins
ils passent des heures à plat ventre sur leur planche, cambrés, tournés vers l’horizon, à pagayer inlassablement de leurs mains vers le large, pour quelques secondes debout sur une vague qui les ramène immanquablement sur la plage, ils ont au plexus une espèce de cal qui doit être un signe de reconnaissance et qui est bien la preuve qu’ils passent le plus clair de leur temps couchés et cambrés comme s’ils s’acharnaient à satisfaire l’eau, sous eux, dans une baise infinie en position du missionnaire, et quand ils attendent LA vague, tout comme les pingouins ont le cul sur la glace, ils posent le leur sur le sable pour guetter au ponant l’aimée qu’ils chevaucheront
absurde, mais sans doute cela en vaut-il la peine
je ne sais pas nager… et j’ai peur de l’eau
je crains de présenter une silhouette douteuse si je parvenais à me glisser dans une de leurs tuniques caoutchoutées
l’équilibre et moi ont toujours fait deux
sinon… et si j’avais dix-sept ans…
quand j’ai fait mon coma diabétique, mon chéri a cru qu’il m’avait assez gonflé comme ça et que je lui tirais ma révérence avec un dernier infarctus
quand on aime…
alors, il a composé le 18, et les pompiers m’ont fait bouffer tout un pot de confiture avant de me conduire aux urgences de Saint-Antoine
putain, je n’ai même pas entendu les pinpons en mon honneur
au petit matin, je me suis dit : janjacq, image que les secours tardent mais pas trop, imagine qu’on te réveille assez tôt mais trop tard, trop tard pour éviter à ton cerveau des lésions irréversibles, imagine que tu te retrouves hémiplégique, ou avec une case en moins, une autre case en moins je veux dire, imagine qu’il faille te faire manger la bouillie à la petite cuillère… merde…
je t’ai dit que je ne savais pas nager, c’est pas tout à fait vrai, là où j’ai pied je peux te faire un travers de bassin, à l’indienne parce qu’à la brasse j’avance pas, je crois bien que mes mouvements de jambes contrarient ceux que je fais avec les bras… prince charmant mais pas grenouille !
quand le soleil va s’enfoncer lentement dans l’eau, quand les pingouins vont planter leurs planches dans le sable, alignées comme des totems, et s’asseoir en rond pour fumer leur calumet de la paix, je vais entrer dans la baille sans qu’ils me remarquent, jusqu’à la taille pour ne pas risquer l’hydrocution… et puis je vais me mettre à nager dans le froid, pas l’indienne parce que je regarde sur le côté, toujours vers la droite ce qui est contraire à mes convictions religieuses, et parce que je veux voir le soleil… alors à la brasse, et tant pis si je n’avance pas parce que la baïne va m’emporter inexorablement vers le large et me faire passer la ligne des vagues… le soleil va s’éteindre… ma tête ne va plus être qu’un petit point sur l’océan… je vais m’obliger à penser de toutes mes forces que je n’ai pas pied et la panique va me prendre…
non ?
on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans
sur la plage, abandonné
tu peux éteindre ton ordinateur et reprendre une activité normale
Posted in atout cœur, divorce de pédé, moi-même Tagged: cucul, minou, zamours 















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