Une vie d'Hommes... (40)
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J'ai longtemps hésité à écrire cette quarantième page, mais mon passage sur le blog de John qui me met des commentaires depuis quelques jours m'a convaincu d'écrire quelques lignes sur ma vie actuelle...
Si je devais décrire ma vie actuelle, ce que je vis réellement et non pas ce que je fais voir
ou croire, ce ne serait pas vraiment joli, voire alarmiste même !
Autant je suis fier de tout le chemin parcouru depuis que je sais que je préfère les garçons, c'est d'ailleurs tellement loin que je ne me souviens plus à quand remonte mes premiers émois pour le mâle...
Mais finalement je comprends que bien des homosexuels se cachent, vivent une pseudo vie d'hétérosexuel alors que leurs rêves sont bercés de douces images homoérotiques...
Dire que j'étais plus tranquille quand j'étais marié, je peux dire qu'à la face du monde m'entourrant c'était certain, mais je n'ai pas dit "heureux", j'ai bien dit tranquille, bien que marié à une "black" comme on dit, j'étais déjà marginalisé par la majeure partie de mes collègues de tous les postes que j'ai occupés depuis que je suis dans la vie active...
Enfant, alors qu'on me savait issu de la noblesse bretonne, on me mettait déjà à l'écart, j'étais un Autre, un d'avec qui on ne parle pas, ou occasionnellement parce que soit disant "pas du même monde"...
D'un nom à particules que l'on ne porte plus depuis plus de 100 ans, il est devenu difficile de parler autrement qu'en me prenant pour un "différent"...
"'Différent", je l'étais aussi une fois marié, comme mentionné plus haut, j'étais un "black" même si je ne le suis pas, géniteur de métis, j'avais semble t-il, la mentalité, même si ce n'était pas vrai !
"Différent" maintenant je le suis encore parce que pédé, comme beaucoup me qualifient, l'homo de service, la folle même si je ne suis pas efféminé, mais travelot pour certains, parce qu'ils ne savent pas ce qu'est un homosexuel, un travesti ou encore un transexuel, pour eux, nous sommes tous dans le même sac, le sac de la différence mais surtout le sac du mépris... voire de la haine.
En lisant ces quelques quarante pages sur ma tranche de vie, vous avez certainement remarqué que peu de choses avaient été faites quand un drame me touchait personnellement, la perte d'un père, d'un frère adoré, d'une grand mère, la naissance d'une petite fille, mais aussi la vie de mes enfants...
Un pédé n'a pas de d'enfants, il n'a d'ailleurs pas de vie, il n'est rien... voilà ce que je ressens actuellement, l'indifférence, l'indifférence d'être différent...
A l'époque enchantée de la rentrée scolaire, celle où tous les enfants entrent une fois de plus par la plus grande porte de leur avenir, nombre de mes collègues sont sollicités pour poser des heures d'absence afin d'être présents pour les premières heures de cancre de leur chère tête blonde ; mes têtes à moi ne sont pas blondes, ils sont loin d'être des cancres également, ça dérange... mais l'on ne me propose pas d'aller les accompagner, je me dois d'être présent, comment puis-je être père, divorcé et pédé...
Au fil de l'année, on ne me pose jamais la question, les questions, sur le devenir de mes enfants, ce qu'ils font, comment ça va à l'école, ce qu'ils vont faire de leur avenir, on a même oublié de souligner la naissance de l'enfant de l'une de mes filles, pédé et grand père ?? non !!
Je suis cynique, je sais, mais j'ai mal ... j'ai mal à mon homosexualité, parce que je ne peux pas vivre comme tout le monde, parce que le mot compagnon n'a pas de sens, même en sens unique sur l'autoroute de la connerie humaine.
Il faut quand même reconnaître que lorsque nous travaillons, nous avons la chance de travailler nous passons quand même un tier de notre vie avec les gens de l'entreprise, presque des intimes, huit heures par jour, ce n'est pas rien dans une vie...
J'ai le mal de vivre oui, mal de vivre, alors une seule issue ? j'y ai pensé, plus d'une fois, mais j'ai mon homme, j'ai mes enfants, j'ai maman, je ne saurais mettre l'un avant l'autre tant je les aime tous autant, aucune priorité dans l'ordre de mon amour, aucune préférence non plus, je les aime, d'un amour paternel pour mes enfants, d'un amour plus que filial pour maman, d'un amour tellement grand qu'il n'a pas de nom pour mon Henri que j'aime à la folie, que vivre sans lui actuellement m'est tellement devenu insupportable que je me déteste...
Je me déteste d'avoir pris cet appartement pour vivre l'amour fraternel que j'ai pour ce frère qui me bouffe la vie... ce frère homo que j'aime autant que celui que j'ai perdu... que j'ai perdu comme ce fils adopté que j'ai terriblement aimé et qui me manque tout autant ...
Alors il est vrai aussi que je ne suis que l'homo de service, présenté ainsi par des collègues peu soucieux du mal que ça peut faire d'être catalogué ainsi... ça leur ferait quoi si j'avais dit à l'époque, "tiens celle là c'est ton assistante qui se fait sauter par tel vendeur, tel chef des ventes ou tel directeur, c'est elle qui a avorté d'un enfant qui n'était pas de son mari"... je casse, non, je rends la monnaie, la monnaie d'une pièce qui ne m'a jamais été donnée avec plaisir.
Quand un stagiaire arrive dans le bureau en clamant haut et fort que je suis demandé au magasin pour prendre ma commande personnelle et que je dois faire vite si je veux avoir le temps de leur faire une gâterie... sait il la douleur que je ressens et la honte de savoir à quoi l'on me compare ?
Quand une chef des ventes me prévient de l'arrivée de nouveaux commerciaux qu'il ne faudra pas regarder droit dans les fesses, alors qu'elle est chez nous depuis à peine deux mois, que je ne connais pas d'Eve ni d'Adam, que je ne sais qui lui a parlé de moi en ces termes, ça fait mal, mais je me réserve le droit de lui dire entre 4 yeux ma vérité, et ce que j'ai à lui dire sur Ma vie, qu'elle soit homosexuelle ou pas, c'est MA vie.
Quand je monte les escaliers qui me conduisent au premier étage de l'établissement, la comptabilité où je travaille, pourquoi les mecs attendent que je sois monté pour à leur tour monter ces escaliers enfin sereins ; ils s'imaginent peut être que je vais les sauter en une dizaine de marches ... je suis la bête humaine, celui qui nique tout le monde, même en marchant, parce que le pédé n'a pas de vie sentimentale, le pédé n'est que sodomite et basta ! On n'aime pas, on saute ! Le mot "amour" n'existe pas !
Puis il y a ceux qui ne se déclarent pas homophobes (c'est vrai que l'on n'est jamais homophobes, je me fais des idées, je vois le mal partout - même ça je ne peux pas le dire parce que cela se transforme en "mâle" partout !), mais on refuse de me parler, même au téléphone, comme si même par téléphone j'allais ... comme si ...
Ceux ou celles qui viennent après une longue période d'absence me demander discrètement si je suis toujours avec Henri, comme si cela allait être un ravissement de me savoir enfin seul, enfin malheureux, enfin ce que je mérite peut être !
Sait on que je rentre chez moi 3 soirs sur 5 avec les larmes aux yeux, que je pars tous les matins avec la boule au ventre parce que je crains la journée que je vais probablement passer, savent ils que je ne parle plus à personne ou si peu, professionnellement seulement, pour éviter tout sous-entendu, savent ils aussi que depuis bientôt un an je suis sous anxiolytique, antidépresseurs, anti stress, anti... anti... anti... anti-vie bientôt !
Et si je venais un jour à me flinguer comme j'y ai souvent pensé, je ne serais qu'un pédé de moins ? oui, je sais, la belle affaire !
J'ai fait promettre à mes enfants d'interdire à l'entreprise où je bosse de se présenter à une quelconque cérémonie s'il venait à m'arriver quelque chose, une représentation d'hypocrites...
Voilà ma vie, rien d'extraordinaire, une vie banale, une vie d'hommes... parce que des hommes avant il y en a eu aussi, mais je n'en parle plus ...
Plus rien à suivre....







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