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quatre personnages en quête d’auteur – acte II

Publié le 16 décembre 2009 par Janjacq

avertissements :
- au plouc
il n’est bon bec que de Paris, alors toi, bien sûr, tu sais pas ce qu’est la rue Montgallet
c’est dans ta bonne vieille capitale, dans le XIIème, c’est pas loin du viaduc de l’ancienne voie de chemin de fer qui aboutissait à la Bastille
maintenant, à la place de la gare il y a l’Opéra, et sous le viaduc des enseignes, dont celle de merde du fameux corsaire
ouais, Surcouf a attiré comme une merde les mouches une foultitude de boutiques, en particulier tout au long de la rue Montgallet, toutes dédiées à l’informatique, toutes tenues par des chinois, ou assimilés, pour moi c’est tous des chinois, les fameux envahisseurs du péril jaune que redoutait tant mon père
le samedi après-midi, on se croirait à Hong-Kong !
- au bobo parigot
et toi, avec ta science infuse, je suis certain que tu passerais à côté si je ne te mettais pas un peu au vert et les points sur les i
on t’a appris ce que c’était un verger ? et un pommier ? toi, à part eve, adam et… apple  !
t’as pas vu qu’elle était entamée ta pomme ? tu ne vas quand même pas croquer dedans après moi, avec toutes ces choses tristes qui se trimballent tout partout ?
bon, macintosh, elstar ou pink lady sont des variétés de pommes, comme granny ou boskoop, tu crois que les noms de mes ordis ont été choisis au hasard ? et tu me vois appeler le portable golden ? j’ai pas oublié mes origines plouc et je les revendique, patate !
sinon, au goût et sous la dent, ma préférée c’est la belchard chantecler

quatre personnages en quête d’auteur – acte II

acte II , rue Montgallet

(au lever de rideau, mazette, tu vas pas en croire tes yeux, parce que la scène a été divisée en trois sur un plateau tournant, mieux qu’à la Comédie Française, d’un côté t’as le petit logement de matt, sixième sans ascenseur, meublé djeun, de l’autre côté t’es dans la boutique d’informatique hyper encombrée et super achalandée -des figurants partout- de le chinois, et au centre, c’est dehors dans la rue -des figurants partout- au carrefour, à l’angle de l’avenue Daumesnil et de Montgallet, on aperçoit au loin les étoiles à la con de Surcouf qui clignotent)

scène 1

ego (essoufflé) : pfffffffffff !!!
matt : c’est haut, hein ?
ego : pfff ! mais non, mais non, dans la foulée je suis même monté jusqu’au 7ème… et puis je retrouvais plus le bon paillasson
(j’ai quitté mon blouson et mes baskets, je me suis mis sur la pointe des pieds pour faire la bise)
ego : t’as encore grandi ?
(je te passe les trucs perso, je viens tout de suite à l’objet de ma visite en ces lieux)
ego : elstar roupille depuis que je t’ai appelé, tu crois qu’il va se rallumer ?
matt (très sûr de lui) : m’étonnerait ! on peut essayer mais il vaudrait mieux qu’on cherche tout de suite un remplaçant à son disque dur, t’as amené son cv, on n’a pas intérêt à se planter
on va consulter le site www.rue-montgallet.com, on va vite savoir où aller chercher la bête…
(mon p’tit matt s’est installé devant son iMac, c’est le même que le mien en beaucoup plus grand, sept pouces de plus, vingt-sept au lieu de vingt c’est pas rien, moi j’aurais pas assez de champ de vision pour me planter à longueur de journée, la nuit aussi, devant un tel écran, il a rentré les références du disque souhaité sur son curieux comparateur au nom de rue, et en deux coups de cuillère à pot, bingo, on a su où aller et combien on paierait pour le hard drive -tenu en stock- objet de notre convoitise)
matt (catégorique) : là, c’est 43,90 euros, là c’est 44, on va chez le second, c’est plus près
(sept étages, c’est plus facile à descendre qu’à monter…)

scène 2

(juste l’avenue à traverser, fastoche, d’autant que toutes les bagnoles sont à l’arrêt dans un embouteillage monstre, c’est l’effet Surcouf du samedi pm, faut juste faire gaffe aux Vélib’ qui déboulent comme des oufs sur la piste cyclable, il y en a un qui a bien failli m’emplafonner
la boutique est noire de monde, on fait la queue)

ego (à mi-voix) : putain qu’il est beau !
matt : qui ? quoi ? où ?
ego (un ton de plus en-dessous) : le vendeur, là !
(ben oui, l’un des vendeurs est d’une indicible beauté, jeune, de longs cheveux noirs jais, une bouche gourmande, mais je dois dire que matt a le même à la maison, la maman de son petit copain est cambodgienne, son papa de Caen ou d’Elbeuf, je sais plus, mais il n’a certainement pas oublié d’être beau pour avoir engendré un môme pareil)
le vendeur (aimable) : messieurs ?
matt : on doit remplacer le disque dur interne d’un mac, on aurait besoin de la référence samsung spinpoint m5- hm160hc (je t’en passe, des ata, des pata et des ide…), vous devriez l’avoir
le vendeur (attentionné) : vous ne devriez pas d’abord tester l’existant avant de le remplacer ?
matt : il ne s’affiche plus à l’écran !
le vendeur : oui, mais vous pouvez certainement récupérer des données… faire le diagnostic coûte 50 euros… le prix de la récupération varie en fonction de la quantité et de la difficulté, c’est entre 200 et 800, ça peut monter jusqu’à 1000… mais on vous déduit les 50 du diagnostic
ego : il vaut combien le disque dur 160 Go
le vendeur (après une brève recherche dans son catalogue photocopié) : hm160hc, euh… 44, oui c’est ça, 44 euros
(il a une drôle de façon de prononcer euro, je saurais pas l’imiter
mais bordel, qu’est qu’il est mooôoognon ! d’habitude, même le jules à matt qu’est pourtant bien mélangé lui, les niakoués c’est pas trop ma tasse de thé, je les trouve trop pliés en deux, j’ai envie de les redresser d’un coup de genou sous le menton, mais le vendeur, là, il est presque aussi grand que matt, longiligne, un petit cul j’te dis pas, un putain de sourire et des yeux malins, bridés mais malins…)

ego (avec un grand sourire, pour essayer de rivaliser) : y a pas photo, j’achète
le vendeur (sans s’incliner à l’équerre) : vous pourrez toujours tenter le diagnostic !?
ego (en aparté, pratiquement en silence) : fume !
(je vais quand même pas dépenser 200 euros pour quelques photos de Paris
ouais, bien sûr, il y a aussi toutes celles de cul que mon chéri a dû faire de i2 ou avec i2, son mecton, le mecton, tu sais l’autre, cet …… de clown, ce putain de salaud de bordel de con de sa mère, dis, «♑♂☆☈☁☝♨♫☭☇☂»
et pour leur correspondance, doit y en avoir des mails, et pour la sauvegarde de leurs conversations salaces sur msn, doivent pas être piquées des vers
il s’en démerdera de son disque mou mon chéri, et s’il est encore assez dur il pourra se le carrer là où je pense…)

scène 3

ego (essoufflé) : pfffffffffff !!!
matt : c’est haut, hein ?
ego (le palpitant à 180) : pfff ! qu’est-ce que tu fais avec tous ces post-it ?
matt : ben j’organise le boulot, t’as vu toutes ces vis ? après, va falloir remonter…
(ce garçon est une perle, j’étais au tourne-vis, et lui à la récup, sur l’envers du premier post-it il a écrit “barrette mémoire – out”, et sur la partie adhésive il a collé les têtes des vis que je lui passais une à une, sur l’envers du second, “barrette mémoire – in”, les deux vis qui tenaient la barrette qu’il a soigneusement placée sur une feuille blanche au coin de la table, puis sur l’envers du troisiè… quoi ? ok, d’accord ! je vais pas te faire tout l’historique de ce dur labeur ! pour finir, on est arrivé aux deux vis sur le dessus)
ego (dépité) : et merde ! c’est pas les mêmes, c’est des six pans creux !
matt (triomphant) : j’ai l’article !!!
(et il m’a aussitôt tendu un autre tourne-vis à l’embout tout noir)
ego (très très dépité) : l’est trop gros ! t’as pas monté plus fin ?
matt (penaud) : ben non, je n’ai que celui-là, il m’a servi à démonter mon vieux book en plastoque, je l’ai acheté exprès pour…
ego : merde, merde, merde, trois fois merde !
matt : faut descendre acheter l’outil !
(sept étages pedibus jambus, c’est quand même plus facile à descendre qu’à monter)

scène 4 (dans la rue)

matt : je te laisse aller chez le chinois, avec mon homme on est invité chez des potes ce soir, on peut pas arriver les mains vides…
je vais aller acheter deux bouteilles de pinard… on se retrouve ici
ça va mon oncle ?
ego (agacé, et bousculé par deux clampins) : ouais ouais…

scène 5

le chinois (avec son putain de sourire) : monsieur ?
ego : j’ai un problème de tête de vis, pour deux malheureuses vis, j’aurais besoin d’un six pans 1/24ᵉ de pouce je crois
le chinois : on ne vend pas de tourne-vis… mais je peux vous proposer un set…
(et le voilà parti derrière ses rayonnages
il revient avec une boite sous blister transparent, il y a là un manche gris et une foultitude d’embouts de toutes les formes, dont plusieurs six pans)

le chinois (sûr le lui) : je suis certain que votre 1/24ᵉ…
ego : ça vaut combien ?
le chinois : attendez… (il consulte son catalogue) 39 euros !
ego : oups ! (et dans sa moustache) t’es décidément craquant quand tu dis euro, allez, redis-moi euros
le chinois : 39 euros
ego : c’est que pour deux vis ! vous pourriez pas me prêter un tourne-vis, j’en ai pour dix minutes aller-retour
le chinois : je suis désolé, aujourd’hui c’est pas possible, on a trop de clients, trop de demandes, on peut en avoir besoin à tout moment…
ego (suppliant) : dix minutes… dix petites minutes…
le chinois : vous pouvez peut-être revenir avec votre ordinateur ?

quatre personnages en quête d’auteur – acte II

waouw, l'asiate

prochainement sur cet écran, l’acte III de quatre personnages en quête d’auteur
qu’on se le dise

bonus (c’est cadeau)

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