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Derrière la porte ( la suite )

Publié le 03 mars 2010 par Dominique

 

 

   

Santillo 11


       

Tour à tour il enrobait d’un regard attentif chacune des deux femmes. Dans ces conditions il lui serait difficile de se concentrer sur l’écran. Mais un courant de sensualité qu’il ne parvenait pas à réprimer l’avait enclin à porter son attention sur la silhouette qui se tenait à sa gauche. Pourquoi celle-ci en priorité s’était –il questionné intérieurement ?

Une attitude, un port de tête, une nuque gracile et dégagée en étaient la réponse, de longues jambes dévoilées sous les pans de la fluidité d’une robe, une autre.

Dès les premières images, elle s’était plongée dans un quasi recueillement, en totale symbiose avec l’ambiance feutrée du scenario. Il n’avait ressenti, aucune fébrilité chez cette femme, rien qui ne puisse laisser suggérer qu’elle se sente épiée. Naturellement, elle s’était laissé glisser confortablement dans le siège, s’était mise à l’aise en retirant un gilet de laine. Aucune émotion particulière sur son visage n’avait convaincu J.M. Certes, elle semblait subjuguée par l’écran, mais pas vraiment émotive. Son élégance s’était soudain faite incertaine, plongeant J.M dans le doute quand à l’identité de la première femme. Doucement, son regard avait quitté la créature séduisante pour se focaliser sur la toile.

D. avait eu raison de lui proposer cette invitation. Il se dégageait de ce film  une ambiance particulière dont le moteur était le désir. Ce désir omniprésent avait exacerbé celui de J.M.Le charme de Colin Firth avait opéré sur lui comme celui d’une femme .Sous cette emprise, il avait tenté un regard à l’encontre de la femme assise à sa droite.

Elle semblait plus exaltée que la précédente, témoin le galbe de ses jambes qu’elle croisait et décroisait régulièrement, infligeant une véritable torture à J.M devinant le crissement du soyeux de ses bas et plus haut cette frontière entre le nylon et la douceur de sa peau. Il aimait, cette façon particulière qu’elle avait de passer sa main dans ses cheveux, cette main qu’il avait soupçonnée d’une esquisse de caresse intime, sur le cliché qu’elle lui avait fait parvenir par courrier.

La photographie… Elle était là la clef de l’énigme. Dans un effort de concentration, il essayait de se remémorer un détail qui aurait pu la confondre. Fermer les yeux…

La première image se portait sur le galbe de ses seins cernés de dentelles, la seconde fatalement sur sa main entre ses cuisses, peut être glissée sous le tissu de sa jupe. Intensément, il réclamait en son for intérieur, un flash, un indice. Amateur d’art, il ne pouvait échapper au détail qui fait toute la différence d’une œuvre, sa particularité. Une minute s’était à peine écoulée, les yeux fermés, une minute qui lui avait paru une éternité, enfermé qu’il était dans une bulle sensuelle.

Une réplique de Georges, le héros, avait inspiré un rire léger à l’inconnue dont il se mettait à espérer de plus en plus qu’elle était elle. Le son  cristallin de sa gorge, l’avait ramené à la réalité Une énième fois, elle glissait ses doigts entre ses mèches, l’accompagnant avec douceur derrière l’oreille. Cette main devenait obsessionnelle, quant tout à coup son esprit triompha. A son poignet gauche, une gourmette en or, à l’identique de la photographie. Il en était convaincu à présent, c’était bien D., mais il ne pourrait en avoir la confirmation que dans les effluves de son parfum.

Il s’était à nouveau concentré sur le film, ignorant totalement sa voisine de gauche, mais laissant de temps à autre s’égarer quelques farouches œillades à l’encontre de La D. présumée. Elle avait l’air totalement envoûtée par la merveilleuse interprétation de Colin Firth et ne prêtait que peu d’attention à son environnement.

La savoir assise à côté de lui représentait à ses yeux un doux calvaire, le charme supplémentaire du parcours aventureux d’une quête de l’état amoureux. Dans le feutré d’une salle obscure, l’érotisme planait déjà, tant par l’ambiance cinématographique que par la clandestinité d’un instant partagé.

Avant même que la lumière ne  revienne, elle s’était envolée, peut être lui donnerait-elle par la suite une explication à cette fuite soudaine. Il la suivait jusque dans le hall d’entrée du vieux cinéma, s’en approchait au plus près pour en respirer les effluves. Le dernier voile de ses doutes venait de s’envoler dans le sillage troublant de son parfum provocant et sensuel. Elle était femme « opium ».Il ne résistait pas à enrober sa silhouette d’un regard discret, tout en enfilant son manteau. Une pensée lui effleurait l’esprit, elle était la sensualité faite femme. Il ne l’aborderait pas, il la laisserait partir car tel était son plaisir, faire durer le charme du mystère et du désir.

Il  la précédait lorsqu’elle sortit, et en gentleman qu’il était lui tenait la lourde porte de verre. Ses grands yeux verts lui répondaient merci avant même qu’elle n’ait ouvert ses lèvres, puis d’un pas décidé, s’éloignait non sans lui avoir souhaité une bonne soirée…

Avait-elle deviné ? Il l’avait espéré, tout en souhaitant qu’elle ne trahisse pas ses intuitions…

 Son allure félinement chaloupée, son regard clair enjôleur avait peaufiné l’impudeur de sa féminité. Le mystère restait entier.  

 

A suivre... 

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