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Derrière la porte (la suite)

Publié le 04 mars 2010 par Dominique

 

 

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De retour dans son univers douillet, D. avait tiré les lourdes tentures des fenêtres calfeutrant un peu plus son intimité. Rapidement, de manière éparpillée, elle s’était libérée de toutes tenues vestimentaires. Son impudeur habituelle lui avait valu quelques désagréments avec son voisinage le plus proche l’accablant ni plus, ni moins du terme réducteur d’exhibitionniste. Etait-ce sa faute, si elle aimait se promener toute nue dans ses appartements à la tombée de la nuit, à l’heure où le jour déclinant vous transporte dans cette ambiance particulière de l’entre chien et loup. Mais partant du principe que sa liberté entravait celle des autres, elle avait fini, à force de raison, à se confiner le soir venu derrière les rideaux fermés.

Encore empreinte de l’atmosphère sensuelle de « A single Man » elle s’était octroyé le loisir de se servir un verre de Chablis pour accompagner quelques restes de filets de poissons froids, ultimes vestiges des rares courses qu’elle effectuait. Ainsi munie des victuailles, naturellement elle s’était dirigée vers son ordinateur encore ouvert sur la page de ses mails. Après avoir consciencieusement nettoyé sa boite des innombrables publicités encombrantes, il ne restait guère que deux ou trois missives sinon importantes mais intéressantes, mais aucune trace de J.M.

Elle resongeait à l’inconnu lui tenant poliment la porte dans le hall du cinéma et ne pouvait s’empêcher de penser qu’il pouvait être lui. Vêtue de rien, elle en avait éprouvé un trouble, délateurs ces frissons électrisant son échine et cette sourde fièvre réchauffant son bas ventre. Se remémorant la scène, elle portait toute sa concentration cérébrale sur son regard clair, un regard gris vert proche du sien. Dans la fébrilité de la rencontre, elle n’avait eu le temps de le dévisager, ni même d’entendre le son de sa voix, d’ailleurs s’était-il adressé à elle ? Elle n’avait souvenance que de ses yeux, d’un regard empreint  paradoxalement de douceur et de dignité.

Doucement, conduite par l’empreinte de ces souvenirs, elle avait entamé l’écriture de son mail.

« Bonsoir J.M,

A peine de retour chez moi après la séance de cinéma où je vous avais convié, je tenais à vous faire part de mes émotions.  J’ai adoré la beauté des images et la merveilleuse interprétation des acteurs. Pour le reste, lorsque je suis sortie, j'étais mitigée sur mon appréciation, mais pourtant au fur et à mesure j'ai eu du mal à m'échapper de l'univers du film, tant j'étais sous le charme de l'acteur principal. Tant de thèmes sont abordés dans ce film, que j'ai tenté de décortiquer. L’amour, la solitude, l'amitié, la communauté homosexuelle dans une américaine puritaine, le temps qui passe, la mort...A vrai dire, j'ai aimé ce film, bien que compte tenu de son univers, Tom Ford ait crée une ambiance trop aseptisée pour être réelle....Mais je suis tombée sous le charme. J’ai aimé la complicité amicale des deux acteurs ainsi que leur séduisante beauté. Que dire de l'humour anglais que j'aime tant, des répliques acides mais amusantes ....

Je ne sais si de votre côté, vous avez pu vous rendre à la séance, auquel cas peut-être nous sommes nous ratés. J’attends de vos nouvelles, mais je crains que cette nuit, mon lit ne soit bien trop grand et bien plus vide que d’ordinaire…

 

Je vous embrasse

D. »

Un petit clic…message envoyé !

Elle avait momentanément abandonné l’écran, unique lueur de la pièce, tant son empressement à écrire à J.M l’avait désorganisée. En cette soirée plus solitaire qu’à l’ordinaire, elle s’était servi un second verre de Chablis, avait posé un cd sur la platine et s’était installée confortablement dans le grand canapé. La voix mélodieuse de Gérard Darmon, l’avait à ce point bercée qu’elle s’était endormie pour ne se réveiller frissonnante qu’aux alentours de deux heures du matin. Avec empressement, avant que de rejoindre son lit, elle avait jeté un coup d’œil sur son écran toujours déserté par J.M.Déçue, mais pleine d’espoir, elle s’était lovée comme une enfant sous les draps, un désir poignant au fond du ventre. Ses mains s’étaient égarées entre ses cuisses à la recherche de quelques caresses solitaires, mais la fatigue et l’émotion de la soirée l’avaient emportée dans un univers onirique où l’illusion avait rejoint la réalité.

 

A suivre ...

 

 

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