Dès son arrivée, Jetant ses clés, son manteau sur le premier fauteuil venu, D. se précipitait sur l’ordinateur…Seul l’éclat de l’écran éclairait la pièce plongée dans un silence profond dans lequel elle se recueillait sensuellement pour mieux s’imprégner de la portée de la dernière missive.
« Cher J.M,
Venus de vos nuits, voilà qui me trouble, plus que de raison…mais ne dormez-vous donc jamais ?
J’ai dans l’idée d’écrire une nouvelle qui nous mettrait en scène .J’adorerai croiser nos mots, les enlacer, vous donner l’impression lorsque vous me lirez que je me donne à vous. J’aime la rencontre de deux êtres dans ce qu’elle a de plus émouvant, cette émotion particulière de découverte et de mystère empreinte à la fois de pudeur et de gourmandise, parce que l’instant est unique. Peut être y verrez vous là une forme de romantisme, mais le romantisme n’est-il pas érotisme lui aussi ?
Nos échanges ont rapidement évolués de façon empirique et je ne veux surement pas y donner une explication rationnelle. Eluard disait « Il n’y pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » Les coïncidences ont, à mon humble avis une place importante dans le roman de notre vie. Alors, lorsqu’elles nous apportent attirance et désirs, nous les vivons intensément portés par des émotions dont nous ne sommes parfois plus maitres.
Je songe souvent que je ne suis pas une femme ordinaire, n’y voyez là aucune fierté de ma part, mais je me sens souvent en marge de la masse et c’est en cela que vous m’avez attiré, car je crois définitivement que nous nous ressemblons car en quête d’extraordinaire.
J’aime la vie dans tous ses plaisirs et le charnel en fait partie, alors pourquoi s’enfermer dans une morale judéo chrétienne réductrice et nous priver .Le désir me conduit, je n’en suis pas plus pervertie qu’une autre, je l’assume et lorsque je me sens désirée par vous, la femme que je suis en est comblée. Continuons notre parcours érotique qui me séduit chaque jour un peu plus et n’y cherchons aucune explication. J’aime à me vautrer dans ce mystère qui enrobe notre relation…Inondez moi de vos connaissances dont je deviens tous les jours un peu plus friande.
Profitez de vos quelques jours de congé, je suppose, je vais de mon côté tenter de vous combler en écrivant une nouvelle par notre rencontre inspirée.
Emportez un peu de moi avec vous …
Je vous embrasse, déjà en manque de vous
D. »
Elle avait eu bien du mal à trouver le sommeil .Elle s’était satisfaite de quelques courtes heures, avant d’entamer dès le lendemain matin l’écriture de son nouveau roman. Imprégnée de l’image virtuelle de J.M, conduite par ses désirs de lui de plus en plus poignant, ses doigts fébriles couraient sur le clavier alignant les mots sans faux pas, peu ou pas entravés par un manque soudain d’inspiration. Elle aimait ce qu’elle écrivait, parce qu’elle le vivait intensément.
Il en fut ainsi pendant quelques jours, jusqu’à ce qu’un matin plus heureux qu’un autre une réponse tomba.
« Quelques heures de train et d'avion plus loin et je suis en pays teutons, dans un Berlin que j'aime beaucoup. Une ville histoire, une ville couture et déchirure, une ville que j'aime à (re)découvrir
Ici, mes yeux dans les vôtres je vous raconterai que Marlène Dietrich chantait "l'ange bleu" au Tingel tangel. Ce cabaret sur le Kufu n'existe plus depuis longtemps. Je sais ça ne sert à pas grand chose de le savoir, mais je vous dirai que si je ne le savais pas, cela me manquerait. Et puis pendant que je vous dirai aussi la reconstruction du Reichstag, ce serait des minutes avec mes yeux dans les vôtres, des minutes précieuses où parfois, je les détacherai des vôtres pour chercher, deviner votre poitrine sous la fine étoffe de soie, espérer vos cuisses entrouvertes pour me perdre dans ce paradis espéré.
Alors oui, je continue à faire et à vous dire mes histoires, celles de la littérature, celle de l'architecture et toutes les autres que je vous réserve pour vos nuits et mes jours.
J'aimerai très sincèrement vous avoir à mes côtés pour à la fois vous servir de guide et vous dévorer des yeux quand vous glisserez votre manteau de vos épaules et croiserez vos jambes, haut, pour me tenter en découvrant l'attache de vos bas.
Ecrivez, écrivez, j’adore vous lire, n’est ce pas ainsi que nous nous sommes croisés. Mélangez nos mots dans la pudeur et l’impudeur.
Je vous sais très féminine. Je vous imagine, une paire de Louboutin aux pieds …Vous remontez le couloir qui mène à votre chambre, je suis derrière vous à regarder votre déhanchement, le galbe de vos fesses en m'interrogeant « a t- elle encore ses dessous ou va t'elle les ôter? »
Devant la porte de votre chambre, vous cherchez la clé. Mes bras vous enlacent, je suis derrière vous, la bouche dans vos cheveux, près de votre oreille, je vous dis : c'est moi, ne bougez pas, je suis là.
Après quelques moments dans cette position à sentir la réelle présence de l'autre, vous vous retournez et nos bouches s'unissent dans un baiser rouge de désir....
Je vous embrasse dans le cou, mes mains sur vos hanches délicieusement couvertes d’une nuisette rouge
J.M »
A suivre...







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