La teneur de ce dernier mail était bien plus troublante. Non seulement, malgré son déplacement J.M s’était débrouillé pour lui faire parvenir de ses nouvelles, mais au travers de ses mots, elle avait pu ressentir un manque non pas qu’affectif mais aussi physique. Elle avait aimé cette balade virtuelle qu’il lui proposait dans une ville qu’il semblait bien connaitre, son rapport à la culture allemande et surtout sa vision fantasmagorique d’une escapade libertine dans un Berlin qu’elle supposait encore très froid à cette période de l’année. Elle, qui écrivait sans jamais se lasser, elle qui prêtait à ses héroïnes une troublante féminité, s’était laissée emporter par les quelques phrases du scenario qu’il avait imaginé pour eux deux, eux seuls. Plus que de l’attirance, à cet instant précis, elle avait ressenti une fascination pour l’homme qu’il était, capable de l’émouvoir au travers de ses connaissances et capable de l’érotiser par le seul fait des images qu’il lui renvoyait de ses envies.
Petit à petit, il l’entrainait sur le chemin des délices dont elle ignorait jusqu’où il pourrait la mener. Mais, insouciante comme une adolescente juste guidée par l’inconnue et une fièvre dans le ventre, elle se laissait dériver sans retenue, rêvant derrière l’écran plat, des épaules, des bras, des lèvres de J.M, à qui elle n’osait avouer que le désir de lui la rongeait.
Naturellement, elle répondait à J.M presque instantanément, mais à un mail ordinaire elle préférait une suite, à sa manière, à l’ébauche de la délicieuse rencontre qu’il lui suggérait entre les lignes.
« Bonjour J.M,
Je m'assois sur le lit...
"Alors J.M, parlez moi de vous, vous dis-je en croisant et décroisant mes jambes effrontément vous laissant deviner à chacun de mes mouvements, mon intimité dont vous savez à présent qu'elle est aussi lisse et douce qu'une peau de pêche.
(Je vous l’ai avoué, lorsque nous dinions, lorsqu’à demi-mots vous m’avez mis au défi d’aller ôter mes dentelles. Je vois encore votre sourire un peu gêné, lorsque je me suis absentée un moment, vous laissant extrapoler un instant sur ma capacité à vous rejoindre sans culotte. Oh bien sûr, j’aurai pu la glisser dans la poche de votre veste, mais quand vous me connaitrez mieux, vous saurez que je peux me révéler une vraie garce et vous savoir dans le doute n’a fait qu’accentuer ma fièvre.)
"J.M, vous ne dites rien, dites le moi ...."
Que lui dire, pensez-vous, qu'elle me rend dingue, que si elle n'arrête pas dans l'instant je ne réponds plus de moi .A-t-elle oublié que j'ai l'âme slave ? Et que je ne résisterai pas longtemps à sa provocation latine.
"Dites le moi, J.M, dites le moi"
Que lui dire sans me tromper ?
"Regardez- moi et dites le moi, J.M
-Vous me faites bander, D.
-J’adore, vous dis je du rire dans le regard, mais encore !
-J'ai envie de vous baiser!
-Ça suffit ...Nous n'avons que trop attendu!"
Je me jette sur vous, la suite nous l'inventerons, ou plutôt, inventez la pour moi.
Je vous veux audacieux, je vous veux ambitieux, je vous veux entier, je veux sentir vos doigts, vos lèvres au travers de vos mots, surprenez moi encore et encore….
J’ai hâte que vous reveniez enfin et que vous punissiez mon impertinence à vouloir vous troubler dans la provocation d’une femme impudente…
Profitez pleinement de votre fin de séjour et écrivez-moi vite dès que vous serez rentré…
Je vous embrasse en manque de vous…
D. »
De façon détournée, à pas de velours, elle venait de lui confesser que s’il rêvait du triangle doux d’une toison, il risquait d’être déçu, car il ne se perdrait que dans le soyeux d’un mont de Vénus dénudé de toute pilosité. Ce jeu de découverte et de dévoilement lui procurait bien plus qu’un désir ordinaire, une troublante stimulation licencieuse à des années lumières de ce qu’elle avait pu ressentir auparavant.
Elle avait pourtant poursuivi l’écriture de son histoire, jusqu’à tard dans la soirée tentant de repousser le diabolique qui l’habitait.
Lasse, son esprit au bord de l’ébullition, elle avait fini par quitter clavier et écran pour se faire couler un bain, une balnéo dans laquelle elle s’était laissé glisser doucement en songeant à J.M, seul dans une chambre Berlinoise. Il aimait tant sa solitude, mais elle aurait tant aimé le surprendre à moitié nu, sur son lit, cherchant repos après une journée harassante. Elle aurait tenté de le détendre par quelques massages dont elle avait le secret, juste effleurer sa peau l’aurait déjà comblée. Plongée dans une torpeur bienfaitrice, entre rêve et réalité, D. s’était longuement prélassée dans la mousse bouillonnante, jusqu’à ce que son corps ne se refuse plus les élans érotiques qui l’étreignaient. De touche en touche, ses caresses l’avait conduite rapidement, trop rapidement, jusqu’au plaisir qu’elle avait secrètement dédié à J.M, inconscient créateur modeleur de son état jouissif.
Oserait-elle lui avouer ?
A suivre...








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