Dans l’hiver moribond, le désir vous donne des ailes, comme le mystère qui enrobe votre peau, vous avez décidé de vous défaire de votre hibernation.
Qui est donc Mystérieuse derrière son écran, cette femme si femme qui crache ses émotions, audacieuse et rebelle à toute inhibition ?
Je sais d’elle qu’elle aime la vie et tous ses militants, tous ceux qui ont pris la carte de son parti.
Je trempe mes lèvres fébriles dans ma tasse de café, dans un instant d’éternité, dehors tous les passants me semblent si pressés. Qu’est ce qu’une minute devant l’éternité ?
Une silhouette plus légère détourne mon attention, m’éloigne de l’immersion dans mon isolement.
La tiédeur des rayons du soleil printanier a ce talent béni de soudain dévêtir les femmes les plus frileuses.
La fluidité de sa robe à pois ondule sous ses pas, dans une allure noble sans pour cela être hautaine, elle a l’air si sûre d’elle, quelle est donc son destin. Et si c’était elle ?
Chacune de ses enjambées racées dévoile dans l’impudeur le galbe de ses cuisses de bas noir voilées. Exquise féminité attirant le regard non camouflé de prédateurs anonymes ,elle n’est est que plus belle dans sa féminité.
Je me plais à rêver, m’enferme dans une bulle, cette bulle magique de mon goût du mystère, me disant que si c’est elle, je ne le saurai jamais mais que j’en garderais un troublant souvenir.
Sa course sensuelle est soudain arrêtée, elle plonge dans son sac une main farfouilleuse, en retire à la hâte un portable vibrant. Caverne d’Ali baba que le sac d'une femme, mais combien de fois n’ai-je rêvé de me réincarner en bâton de rouge à lèvres pour venir m’étaler sur leurs lèvres sublimes.
Son rire m’éclabousse comme la luminosité d'une matinée estivale , dans une communication que je devine, que je désire amicale.
Il est temps que je fuis, car ma fébrilité s’avère tout à coup, par tout un chacun palpable, délateurs ces regards qui semblent me juger. J’ai soudain l’impression de ressembler à un néon publicitaire lumineux … « Je suis là, je vous attends »
Mais pour qui se prend –t- elle pour ainsi me troubler ?
« Garçon, s’il vous plait, l’addition? »
Trop tard, elle vient d’entrer. Elle jauge superficiellement l’ensemble de la clientèle, murmure quelques mots au garçon de café, puis s’efface doucement vers le panneau discret « Toilettes »
J’ai encore une chance de pouvoir m’éclipser. Le serveur, enfin, s’approche de ma table, me tendant l’addition et la salade du jour.
« Je n’ai rien commandé, je m’empresse de lui dire
-Oui, je sais mais, une cliente qui vient d’entrer m’a demandé de lui servir la salade du jour à votre table
-Ok, merci, vous pouvez encaisser ?
-Bien sûr, Monsieur »
Je lui tends la monnaie, m’apprête à m’éclipser. Peine perdue, elle reparait, les lèvres plus rouges, mais toujours ses ray ban vintage barrant effrontément son regard, elle se dirige vers moi, son assurance en guise de carte de visite.
« Bonjour, est-ce vous ? C’est moi ! »
Le mystère persiste, jusqu’à l’instant précis, où d’un geste élégant, elle retire ses lunettes.
Un reflet persistant d’un regard vert troublant, devrais-je dire mutin, m’éclabousse à l’identique de son rire éclatant, quelques minutes auparavant. Mon silence l’interroge …
« Oh je suis confuse, j’ai du me tromper !
-No, je suis bien moi
-No ? Etes –vous étranger ?
-Non tout juste dérangé ! »
Mon Dieu, quel con !
Imparable. A ma confusion, elle répond par un sourire qui trouve la faille pour embraser ma libido !
J’en viens soudain à regretter la bénédiction que j’avais prêtée à la douceur printanière. A cause de cela je n’aurai pas le plaisir de me rapprocher d’elle, lui ôter son manteau et m’imprégner des codes de la fragrance de sa peau. Les odeurs féminines sont à elles seules un appel à la luxure …
Je n’ai aucune idée de qui elle peut être, je la laisse pour mon grand plaisir se dévoiler à moi.
La prolixe mystérieuse me parle de ses rêves, me parle de sa vie, si naturellement qu’elle en est émouvante de sincérité. Presque naïve dans ses emportements, elle perd de sa superbe, laissant, par moment, une puérilité faire d’elle une enfant que je désire autant. Mon regard abandonne la prunelle de ses yeux dont elle use avec talent pour mieux me subjuguer. J’enrobe sa silhouette .Elle n’est pas vraiment belle, juste ce je ne sais quoi qui la rend sensuelle, dans sa seule gestuelle et ses regards si doux. J’imagine la belle, choisissant sa toilette, harmonisant accessoires et maquillage …et le temps qu’elle a du accorder à ces instants de mise en beauté précieux pour une femme attendue à un rendez-vous galant.
« Les yeux déshabillent ce que mains habillent » (Charles de Leusse)
Les miens se perdent dans le V de son profond décolleté dévoilant par instant la naissance de ses seins, sous un geste malhabile, une nouvelle position, lorsqu’elle croise et décroise ses jambes, dévoilant progressivement et de plus en plus haut, le galbe de ses cuisses fuselées.
Je ne dis presque rien, la laisse se raconter entre deux bouchées de salade qu’elle déguste, gourmande. Que ne donnerais-je à cet instant précis pour être une fourchette, découvrir la saveur de sa langue, la tiédeur de ses lèvres !
« Mais vous, vous ne dites rien, racontez-moi …je suis désolée, je suis si bavarde, je vous ai peut être saoulé. A moins que …je ne vous plaise pas, c’est cela, mon Dieu je suis confuse »
Je lui souris bêtement, attendri en lui murmurant, mais si ….Quel con ! Comment lui avouer que là , dans l’instant, j’ai envie de l’embrasser , de glisser mes mains sous les pans de sa robe , de la prendre par la main, de l’emmener plus loin , de lui donner ce plaisir qu’elle décrit dans ses écritures , ces désirs qui ont fini par me conduire jusqu’ici.
Je me dévoile, un peu ,pas trop, elle boit ce que je dis, m’interrompt un instant, enfournant dans ma bouche une fourchettée de son plat, en me murmurant c’est délicieux. Ma surprise l’amuse, elle ne peut retenir un rire mutin, un rire qui m’éclabousse pour tant de séduction spontanée.
Je vous laisse deviner l’état de tension sous le coton de mon caleçon. Pourtant elle ne laisse rien paraître, je ne sais pas moi-même si je suis à son goût. Peut être me le fera t-elle savoir, peut être…
Elle désorganise tout à coup mes pensées
« Et bien, où êtes-vous ? Parti pour un ailleurs …
-Désolé, c’est vrai, un oubli au boulot qui me tracasse un peu
-Ah, le boulot, c’est vrai j’avais oublié que vous travailliez …Bien je vais vous laisser, de toute manière je suis attendue ailleurs
-Mais non, restez »
Mais putain, dis-lui, je suis tétanisé .Elle appelle le garçon, demande l’addition !
« Non laissez, je vous en prie, vous êtes mon invitée !
-Oh ! Merci. »
Elle se lève …je me lève !
« Un instant je reviens me dit-elle
-ok »
Je la regarde s’éloigner, je m’imprègne de sa démarche chaloupée, qui laisse deviner une croupe des plus séduisantes, une taille fine …Un instant, un instant seulement je rêve de plus qu’un simple rendez-vous dans la douceur d’un café parisien …Elle discute un instant avec le barman, semble écrire quelques mots sur un papier
« Voilà, me dit-elle, en posant un baiser sur ma joue
Son parfum m’ensorcèle, elle est divinement diabolique ne serait ce que par ses comportements innés.
A bientôt, me dit-elle en déposant sur la table un papier griffonné.
« A quoi tu joues, beau ténébreux avec tes yeux couleurs d’automne
Besoin de tendresse, de contre jours et de caresses
Qu’est ce que tu veux ?
Que je te prenne, que je t’étrenne, que je t’entraine, que je t’allume, que je t’étreigne, que je te couche sur le dos
Ton petit sourire a su trouver la faille, tendre animal.
Viens si tu veux que je te prenne, que je t’étrenne, que je t’entraine, que je t’allume, que je t’éteigne…
0609…… »
Elle se retourne, rit aux éclats de mon émoi, le diabolique au bord des yeux.
Inutile de noter son numéro, je la suis déjà dans la douceur du printemps naissant.
La suite je vous la laisse deviner ou inventer…Quelques indices, chambre mansardée…Un lit défait et deux amants qui se découvrent.
Mystérieuse ne l’est plus pour moi.
© 2010 Mystérieuse







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