c’est moi, parfois
résumé des épisodes précédents :
hier, hier, et puis hier et encore hier, c’étaient relâche et quartier libre (c’était ? ah bon ! avec tous ces hier ? hier ça prend pas d’esse, ça je sais !)
alors Calliste t’a emmené chez des petits galapiats et aussi jouer les petites souris dans un palais de la république
tu crois que je devrais mettre des majuscules, là ?
bon, s’ils nous jouent la marseillaise aujourd’hui, on se lèvera, promis
La semaine des quatre jeudis
Auteur: Calliste
Documentaliste: Benjamin
Assistant technique: JjQ
Date: 31 mars 2010
Catégorie: 7 moi par fois (c’est moi, parfois)
Texte intégral (sixième et antépénultième volet du texte intégral parce que c’est à suivre, comme un feuilleton)
Vendredi
Allons, cachez donc la protubérance qu’on ne saurait voir et qui déforme à la fois votre jean et votre braguette.
Serait-ce la courte allusion à la relation qu’entretiennent très discrètement Florence et Rachida qui vous émoustille de la sorte? Et à ce point?
Que va t-il en être à la lecture des folles aventures de… Robinson?
D’un clic sur la carte, vous l’agrandirez plein écran, ce qu’on ne saurait que trop vous conseiller pour une meilleure compréhension de ce qui va suivre.
Légende
Au sud-ouest, sur Santa Clara Islet:
(a) Grotte – l’habitation de Crusoé.
(b) Épave de la « Lady Gaga », le bateau malheureusement naufragé et échoué sur lequel navigua Crusoé.
(c) Promontoire – poste d’observation par Robinson Crusoé des allées et venues des cannibales.
Sur l’ile principale de Más a Tierra Island (33°38′29″S-78°50′28″O):
(d) Village des cannibales (devenu aujourd’hui la ville de San Juan Batista)
(e) Zone d’élevage des nègres.
Elle est non seulement véridique l’histoire que nous a racontée Daniel Defoe, elle est vraie de chez vrai et il la tiendrait du naufragé lui-même.
Par contre, ce bon Daniel qui est un sacré puritain, a pris quelque liberté avec le récit qui lui a été fait. Si vous lui en faisiez le reproche, il se défendrait en vous affirmant qu’il n’a péché que par omission, pas par pudibonderie et surtout pas sous le coup d’une quelconque censure, fut-elle autocensure. Il a pourtant mis à notre disposition les notes qu’il a prises et qui lui ont servi pour romancer « The Life and strange surprising Adventures of Robinson Crusoe of York, mariner, written by himself » où force est de constater que tout ne se serait pas exactement passé comme il nous l’a narré.
Jugez-en par vous-même.
Comme chaque vendredi, sitôt fini son repas de midi, Crusoé partit se jucher sur l’espèce de piton rocheux qui lui servait de poste d’observation. Ce n’était pas le point culminant de Santa Clara mais de là, il avait une excellente vue panoramique de toute la côte sud de la grande île, ou du moins de ce qu’il supposait être une grande île.
Il s’était bien entendu muni de ses jumelles marines, des Steiner Commander Jubilee, avec compas, excusez du peu, qui étaient bien l’objet le plus précieux récupéré sur l’épave de la Lady Gaga et auquel il tenait plus qu’à la prunelle de ses yeux. Il leur devait d’être encore en vie. Sans elles, il serait allé au devant de ces étranges petits hommes, ses voisins, il n’aurait pas compris qu’ils étaient anthropophages avant que d’être installé dans le grand chaudron au milieu des légumes, peut-être piqué à l’ail, allez savoir.
Chaque vendredi après-midi, à bord de leurs pirogues, les cannibales doublaient le cap est, longeaient les falaises abruptes et voguaient jusqu’à l’adret où ils élevaient leur troupeau de nègres. Les embarcations étaient lourdement chargées de sacs d’aliments farineux pour bétail destinés à engraisser ce qui était, tous comptes faits, leur plat préféré du dimanche.
Crusoé avait fini par comprendre que chaque dimanche, chaque famille de cannibales mettait le nègre au pot.
Nul besoin d’enclos, les nègres étaient parqués sur un vaste territoire aride d’où ils ne pouvaient s’enfuir. Devant eux, la mer immense, derrière, à droite, à gauche, la montagne inhospitalière aux roches déchirées et blessantes. Alors, que croyez-vous qu’ils fissent ?
Ils vaguaient par petits groupes de quatre ou cinq, ils éventraient les sacs jetés ça et là par les cannibales et ils engloutissaient des tonnes de cette horrible farine Sanders, c’était écrit dessus, ils n’avaient que ça à faire et le temps à tuer. Ils grossissaient, ils engraissaient.
Chaque vendredi, mais pas seulement, Crusoé les observait.
Il préférait ajuster la focale sur les femelles, c’est humain, non ? Et plus encore sur celles qui venaient de mettre bas et sur leurs lourdes poitrines. Les négresses laitières l’excitaient tellement, toutes les choses du sexe lui manquaient tellement, depuis tant de temps, qu’il fallait qu’il se soulageât dans l’instant. Encore que pour ce faire il fallait également qu’il lâchât les jumelles, il aimait bien utiliser ses deux mains…
Ce vendredi-là, le regard de Crusoé fut attiré par un point noir, dans l’eau verte, à quelques encablures de son îlet, qui semblait venir vers lui. Il pointa ses jumelles. Ventrebleu, un nègre luttait dans les vagues et nageait avec une énergie désespérée. Crusoé dévala son rocher, atteignit la petite plage de galets, entra dans l’eau jusqu’à la taille (il ne savait pas nager) pour porter aide au pauvre malheureux. C’était un très beau spécimen, bien en chair, bien grassouillet, à point pour passer à la casserole, qui avait bien dû le sentir et qui cherchait son salut dans la fuite. Il était épuisé.
Tous deux s’assirent sur la grève. Crusoé regarda le nègre. Tout les différenciait sinon leur totale nudité. Autant l’un était noir ébène, autant l’autre était blanc et rose, sa peau s’obstinant à ne jamais vouloir bronzer ni même à se hâler. Autant les cheveux de l’un étaient de jais, courts et crépus, autant ceux de l’autre ondoyaient en longues mèches sous des reflets auburn. Autant le regard de l’un était sombre et effrayant, autant le vert des yeux de l’autre faisait penser à l’eau du bras de mer qui les avait réunis. Crusoé était un grand diable efflanqué et dégingandé, et le nègre un rondouillard qui avait visiblement toujours mangé à sa faim et dont les hanches s’arrondissaient de poignées d’amour fort appétissantes. Plus que de Daniel Defoe, on aurait dit, un siècle plus tôt, deux personnages de Miguel de Cervantes.
Le regard étonné de Crusoé se porta sur une chose étrange, longue, grosse, molle et noire qui était posée sur les galets, entre ses jambes, devant le ventre du nègre assis.
Et lui qui s’étranglait avec des arêtes et des pépins de baies rouges depuis des lustres, il eut alors une envie impérieuse de boudin noir aux pommes, et inexplicablement, le fumet de ce mets inaccessible caressa ses narines… Il saliva…
« Que le grand cric me croque! » se dit-il soudain en reluquant le morceau de peau hâve et pitoyable qui pendouillait entre les siennes, de jambes: « C’est son vit! »
Il devint tout rouge de confusion et se mit à parler, à parler, à parler. Il raconta son naufrage, deux ans auparavant. Il raconta son installation sur cet îlot désert, comment il avait pillé l’épave de la Lady Gaga et emménagé sa grotte. Il dit sa peur des cannibales, sa crainte du troupeau de nègres. Il narra par le menu ses études, sa famille, ses voyages, ses amours, ses emmerdes. Il fit le portrait des femmes qu’il avait connues et aussi connues (si vous voyez ce qu’il signifiait par là), de celles, dont sa mère et sa sœur ainée, qui l’avaient tourmenté… Il était intarissable. Il y avait si longtemps qu’il monologuait sur cette ile de malheur!
Il parlait, et ses gestes étaient machinaux. Il avait conduit son nouvel ami jusque dans sa grotte, ravivé un feu, fait cuire deux poissons, sa pêche du matin… Le nègre, muet, le regardait parler avec des yeux ronds de merlan frit pendant qu’ils mangeaient les deux merlans frits… Le soir, puis la nuit étaient tombés…
- Au fait, comment t’appelles-tu? finit par demander Crusoé.
- Quisque tincidunt, justo et ornare sagittis, pede mi scelerisque nisl, eu faucibus sapien risus in risus… dit le nègre.
- C’est cela, oui ! Tu ne comprends rien à rien… Je ne me suis pas présenté, moi c’est Crusoé, Robinson Crusoé, tu peux m’appeler Robinson…
C’est cet instant que choisit la Timex à cadran solaire que Crusoé portait au poignet pour émettre un bip sonore qui les fit sursauter tous deux.
- Vertuchoux ! On est déjà demain ! On va se souhaiter la bonne nuit, hein ?
- Sed et dui sed mauris gravida faucibused atlt leo vel dolor ultricies pellentesque.
- C’est cela ! Alors bonne nuit, euh, mordiou, il te faut un petit nom…
- Massalorem ipsum… gémit le nègre.
- On est samedi, là, se dit notre naufragé, je vais t’appeler Samedi… ou plutôt Sam, c’est plus sympa, et ça fait moins éphéméride.
- Massalorem ipsum… répéta son nouvel ami.
- Alors, bonne nuit Sam.
signé Calliste
Vendredi
offert par God’s Prey © et par janjacq
Filed under: mode, spécial copinage Tagged: c'est moi parfois, mon pote








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