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Le parfum : Sens, essence, encense...

Publié le 25 février 2008 par Yse
Un soir que nous discutions avec une amie, nous en sommes venues à engager la conversation sur les parfums. Elle me disait être très attachée au sien et que depuis qu'elle avait trouvé celui qu'il lui fallait, elle n'en changerait point. Je lui avouais que pour ma part, je n'avais pas encore un rapport exclusif à un quelconque parfum. Mais je soulignais que son parfum lui allait vraiment bien. Et cela au point qu'en me rendant chez elle, j'avais senti son parfum dans l'ascenceur. Elle m'avoua qu'elle l'avait pris peu de temps avant que je n'arrive. Et rien qu'à sentir son odeur, il me semblait être en sa présence. Il faut dire qu'elle a choisi une senteur peu commune et je n'ai donc pas grand peine à associer cette essence à son être-même.     Récemment, j'ai cependant trouvé un parfum qui me convient, au point que je pense lui être assez fidèle. Je me suis pourvue, au hasard de mes déambulations chez une célèbre maison de parfumeurs. J'ajouterai que c'était en période de soldes et que contrairement à de nombreuses parfumeries, chez N*** les prix sont indiqués en vitrine. Voilà pourquoi j'ai poussé la porte de capiteuse boutique. Je n'ai jamais été aussi ravie de voir arriver un vendeur, car à vrai dire, je ne savais pas encore ce dont j'avais envie (une lampe berger, une bougie parfumée, un gel pour le bain?). Quand le vendeur m'a demandée ce que je désirais,  j'ai répondu sans hésiter : une eau de toilette. J'ai tout senti. Toutes les eaux de toilette pour femmes possibles et inimaginables. Chacune avait une senteur intéressante mais aucune ne me convenait vraiment.   -"ça c'est ce qu'apprécient les américaines. C'est à base de patchouli, et de roses anciennes..."   -"ça sent très bon mais c'est trop capiteux  mon goût."   -"Qu'est-ce que vous cherchez exactement?"   -"Quelque chose de frais et de léger"   -"Nous avons aussi cela." dit-il en agitant le petit papier sur lequel il vient de pulvériser quelques fragances de parfum.    Je ne doit pas sembler convaincue.   "-Ce parfum a beaucoup de succès auprès des jeunes femmes."   -"Certainement, mais ça ne me plaît pas vraiment."   Last but not least, du moins je l'espère, sinon je me sentirai gênée d'avoir fait perdre son temps au vendeur. Et là, je sais que c'est exactement ce que je cherchais.   -"Je prendrai celle-là".   -"Alors là madame fait un bon choix, c'est une eau d'été très fraîche et c'est aussi une de nos plus grandes réussites".    Je suis sortie de la boutique en ayant l'impression d'avoir vraiment un petit trésor dans les mains. Et j'ai réalisé combien le choix d'un parfum est important. Ce choix implique les goûts de la personne mais il participe également de l'image que celle-ci veut renvoyer aux autres. Des essences pour atteindre l'essence... Voilà pourquoi il est si difficile d'offrir un parfum aux autres, chose que je ne fais que très rarement et pour ainsi dire jamais. En sortant, je me disais également que ce parfum conçu par un célèbre "nez" ne souffrait pas la comparaison avec les parfums synthétiques, fussent-ils griffés par un couturier, une star ou que sais-je encore... Les parfums, quoi qu'il en soit, appartiennent au domaine du luxe et cela a évidemment un coût. En l'occurence, je ne regrettais pas mon achat, qui avait été, raisonnable de surcroît.   Au quotidien, je suis sensible aux parfums et je n'aime pas ceux qui sont trop capiteux et agressifs. Un peu de parfum c'est bien, ça apporte une touche finale, mais il ne faut pas que cela incommode les autres. Mais souvent quand je croise des gens dans la rue, je remarque comme pour les vêtements, une certaine uniformisation. Je sais repérer les parfums à la mode, toutes les filles dans le vent les portent. Et souvent, comme la tendance veut que l'on s'en asperge, il n'y a plus d'alchimie entre le parfum et la peau, qui rend une fragance si singulière, personnelle, intime.   Je tiens à rassurer mes lecteurs. Je ne suis pas une inconditionnelle des parfums. Il en est d'autres qui savent me troubler davantage dans l'intimité. Mais le parfum engage aussi très nettement notre sensualité, il convoque notre odorat et parfois plus encore...   Cela me fait d'ailleurs penser à une nouvelle qu'Anaïs Nin raconte dans son fameux journal. Une femme qui a fait un voyage au Maroc a été marquée par le parfum exotique de son amant d'un soir. Et un beau jour, elle rencontre un homme dont le parfum la transporte vers ses torrides nuits orientales. La narratrice insiste sur le plaisir synesthésique procuré par ce parfum et son importance dans la sexualité de son héroïne. Après des nuits extrêmement sensuelles en vient une qui clôt brutalement la relation. L'amant n'avait plus de parfum, (je ne me rappelle plus bien mais il me semble que le parfum provenait de France). Or il y a une scène terrible où la femme ne ressent plus le même désir et d'aperçoit de ce qui manque à leur fête des sens au point qu'elle demande affollée : ton parfum, qu'as-tu fait de ton parfum? Cet attachement à un odeur, qui peut paraître excessif, est intéressant à plus d'un titre. Il évoque la réalité du fétichisme et l'importance que l'on accorde à un élément que l'on surdétermine. Enfin, Anaïs Nin a choisi que cette obsession pour le parfum affecte une femme et non un homme, ce qui mérite d'être relevé.  medium_flacon.jpg     Je suis loin d'être aussi radicale. Un parfum ne vaut que parce qu'il est relié à une personne, un être de chair dont la peau peut receler d'envoûtantes effluves.
   
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