
Et les tenèbres se sont ouvertes une nouvelle fois, et ont dévoilé un corps :tes cheveux, épais automne, chute d'eau solaire,ta bouche et la blanche disciplinede ses dents cannibalesprisonnières des marécages,ta peau de pain à peine doréet tes yeux de sucre brûlésites où le temps n'a pas de cours,vallées que seules mes lèvres connaissent,défilé de la lune qui monte vers ta gorge depuis tes seins,cascade pétrifiée de ta nuque,haut plateau de ton ventre,plage sans fin de ton flanc.
Tes yeux sont les yeux fixes du tigreet une minute aprèsce sont les yeux humides du chien.Ton dos s'écoule tranquille sous mes yeuxcomme le dos du fleuve à la lueur de l'incendie.
Les eaux endormies sculptent jour et nuitta taille d'argileet sur tes flancsimmenses comme les sables de la lune,le vent souffle par ma boucheet sa large plainte couvre de ses deux ailes grisesla nuit des corps,telle l'ombre de l'aigle sur la solitude du désert.
Les ongles de tes doigts de piedssont faits du cristal de printemps.Entre tes jambes se trouve un puits d'eau somnolente,baie où la mer nocturne s'apaise,noir cheval d'écume,grotte au pied de la montagne qui cache un trésor,bouche du four où sont cuites les hosties,souriantes lèvres entrouvertes et atroces,noces de lumière et de ténèbres,du visible et de l'invisible(ici la chair attend sa résurrectionet le jour de la vie éternelle)
Patrie de sang,unique terre que je connaisse et qui me connaisse,unique patrie en laquelle je crois,unique porte vers l'infini.
Octavio Paz
© Yan McLineTexte original
Cuerpo a la vista
Y las sombras se abrieron otra vez y mostraron su cuerpo:tu pelo, otoño espeso, caída de agua solar,tu boca y la blanca disciplina de tus dientes caníbales, prisioneros en llamas,tu piel de pan apenas dorado y tus ojos de azúcar quemada,sitios en donde el tiempo no transcurre,valles que sólo mis labios conocen,desfiladero de la una que asciende a tu garganta entre tus senos,cascada petrificada de la nuca,alta meseta de tu vientre,playa sin fin de tu costado.
Tus ojos son los ojos fijos del tigrey un minutos después son los ojos húmedos del perro.Siempre hay abejas en tu pelo.Tu espalda fluye tranquila bajo mis ojoscomo las espalda del río a la luz del incendio.
Aguas dormidas golpean día y noche tu cintura de arcillay en tus costas, inmensas como los arenales de la luna,el viento sopla por mi boca y un largo quejido cubre con sus dos alas grisesla noche de los cuerpos,como la sombra del águila la soledad del páramo.
Las uñas de los dedos de tus pies están hechas del cristal del verano.Entre tus piernas hay un pozo de agua dormida,bahía donde el mar de noche se aquieta, negro caballo de espuma,cueva al pie de la montaña que esconde un tesoro,boca de horno donde se hacen las hostias,sonrientes labios entreabiertos y atroces,nupcias de la luz y la sombra, de lo visible y lo invisible(allí espera la carne su resurrección y el día de la vida perdurable)
Patria de sangre,única tierra que conozco y me conoce,única patria en la que creo,única puerta al infinito.





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