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68, encore et toujours…

Par Daniel

L’œil du voyeur

Le billet apériodique de Didier Roth-Bettoni

 


68, encore et toujours…

 

Le billet de Didier Roth-Bettoni (1) : 68, encore et toujours…

Les cinéastes français ont-ils encore quelque chose à dire sur l’homosexualité ? On peut au moins se poser la question tant les films récents y apportent peu de réponses. Certes, avec Les Témoins, Téchiné a revisité avec intensité les années tragiques du sida. Certes, avec L’Homme de sa vie, Zabou Breitmann a posé le désir d’un homme pour un autre sur un plan d’égalité avec celui pour une femme. Et certes, avec Naissance des pieuvres, Céline Sciamma a exploré les troubles adolescents sans faire de distinction entre homos et hétéros. Mais aussi utiles que soient ces images, aussi réussis, chacun dans son genre, que soient ces films, tiennent-ils pour autant un discours nouveau sur le sujet qui nous intéresse ? À l’évidence non : ils peuvent bien être porteurs d’images renouvelées des gays et des lesbiennes, ils peuvent bien se pencher sur des aspects plus ou moins souvent traités de la condition homo, ils peuvent bien chercher à donner au grand public une perception neuve, décomplexée, normalisée des pédés des deux sexes, ils reposent tous sur la base du constat de la situation homo à un moment donné (voire dans un contexte donné) et de l’enregistrement de ce constat.

 

Le billet de Didier Roth-Bettoni (1) : 68, encore et toujours…

Pour être plus clair, il suffit de les comparer avec Nés en 68, le dernier film du couple Olivier Ducastel-Jacques Martineau pour voir la différence. Si Nés en 68, traversée feuilletonnisée des 40 dernières années via quelques personnages et instants emblématiques, n’est pas (loin de là) le film le plus convaincant du duo, et si l’homosexualité y est bien moins centrale que dans les titres cités plus haut, il n’empêche que c’est bien là qu’on trouve la réflexion sur la plus riche sur l’homosexualité vue dans un film français ces derniers mois.

 

Le billet de Didier Roth-Bettoni (1) : 68, encore et toujours…

Les deux réalisateurs en effet inscrivent de façon très claire et très forte le mouvement gay contemporain dans le droit fil des mouvements de libération liés à 68. En faisant du combat des associations pédées contre le sida dans les années 90 l’héritier du combat féministe des seventies, et en inscrivant les revendications gay (mariage, parentalité, égalité…) dans la lignée des revendications pour l’avortement par exemple, non seulement ils installent la question gay dans une logique historique qui la dépasse et concerne l’ensemble de la société, mais ils redonnent vigueur et actualité aux acquis d’un joli mois de mai qu’il est désormais de bon ton de vouer aux gémonies jusqu’aux plus hauts sommets de l’État.

 

 

Nés en 68, de Olivier Ducastel et Jacques Martineau, avec Lætitia Casta, Yann Tregouët, Yannick Renier, Edouard Colin, Christine Citti, Marc Citty, Sabrina Seyvecou, Théo Frilet, Gaêtan Gallier, Osman Elkharraz, Slimane Yefsah… Scénario : Olivier Ducastel & Jacques Martineau, sur une idée de Guillaume Le Touze.Directeur de la photographie : Matthieu Poirot-Delpech. Compositeur : Philippe Miller. Sortie le 21 mai.


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