Magazine Erotisme

Mai 68 - L'impact d'une révolution sur la sexualité

Publié le 06 mai 2008 par Christophe Geoffroy

Mai 68 - L'impact d'une révolution sur la sexualité 2

Une plus grande liberté des mœurs à travers la libération sexuelle, tel est le thème des années 70 dans un contexte social et politique particulièrement propice aux mutations et évolutions. Faire reconnaitre la sexualité en dehors des liens du mariage, anéantir tous les tabous de l'époque, la contraception, l'avortement, le plaisir (surtout des femmes), l'homosexualité, tout en apportant aux femmes la connaissance de leurs corps, de leur sexe en leur donnant la liberté de jouir, la liberté de décider, la liberté de disposer d'elles-mêmes. En France, dès le lendemain de mai 68, date considérée comme le véritable accélérateur de la libération sexuelle, la mobilisation des femmes ne faiblit pas.

Le 29 août 1970 lors d'une manifestation, des femmes déposeront symboliquement sur la tombe du soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe, une gerbe portant la mention "Il y a plus inconnu encore que le soldat inconnu, sa femme".

Malgré une première victoire avec la loi Neurwith autorisant le libre recours à la contraception et dissociant par la même, le sexe et le plaisir de la reproduction, l'avortement, assimilé à un crime contre la sureté de l'état, demeure toujours passible de la peine de mort. Marie-Louise Giraud dite "la faiseuse d'anges", avorteuse pendant la guerre, est guillotinée, sous le gouvernement de Vichy, le 30 juillet 1943.

Chaque année, des centaines de milliers d'avortements clandestins sont pratiqués dans des conditions sanitaires souvent déplorables. L'avortement pouvant parfois être pratiqué dans des cliniques privées extrêmement onéreuses, relevait le plus souvent d'un véritable parcours du combattant, une adresse à trouver, de l'argent à rassembler, l'angoisse, la peur pour toutes ces femmes. Les infections provoquées par le manque d'hygiène ou le manque de savoir-faire les conduisaient à l'hôpital le plus proche pour un curetage. Gisèle Halimi (avocate et militante féministe) se rappelle les paroles d'un médecin pratiquant un curetage à vif : "Comme ça, tu ne recommenceras plus".

Mai 68 - L'impact d'une révolution sur la sexualité 4

Un électrochoc est nécessaire pour dénoncer publiquement la répression faite à l'avortement et ses conséquences. En Avril 1971, une publication dans le magazine du Nouvel Observateur provoque un véritable scandale obligeant les médias à relayer l'information et enfin à prononcer ce mot, encore tabou : avortement. Il s'agit d'un manifeste signé par 343 femmes connues de la littérature (Françoise Sagan, Marguerite Duras, Simone de Beauvoir), du spectacle (Brigitte Fontaine, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau) de la politique, ou même anonymes déclarant avoir eu recours à l'avortement. Le "Manifeste des 343 salopes" met au défi le gouvernement d'entamer des poursuites judiciaires contre ces femmes qui reconnaissent avoir enfreint cette loi qu'elles contestent.

Dans ce contexte d'agitation, Gisèle Halimi avec Simone de Beauvoir, Jean Rostant (académicien), Christiane Roche (romancière) et Jacques Monod (Prix Nobel de Médecine) fondent l'association Choisir la cause des femmes. Cette association a pour souhait de développer l'éducation sexuelle, d'abroger la loi de 1920 condamnant l'avortement mais aussi de défendre gratuitement les femmes poursuivies pour avortement, avec un slogan : "La contraception, ma liberté. L'avortement, mon ultime recours. Donner la vie, mon choix".

Cette association prendra en charge le retentissant procès de Bobigny. Gisèle Halimi se saisit de l'affaire. Le 11 octobre 1972, s'ouvre à Bobigny le procès de Maire-Claire, 16 ans, "violée" par un camarade de classe et dénoncée par lui pour avortement illégal. Par cette affaire, Gisèle Halimi fait le procès des lois anti-avortements de 1920, des lois "objectivement mauvaises, immorales et caduques". Maire-Claire est relaxée.

Mai 68 - L'impact d'une révolution sur la sexualité 3

Ce procès va susciter commentaires et débats dans toute la France, des centaines d'articles, d'émissions sur les radios ou les télévisions sont consacrés à l'affaire, créant un mouvement d'opinion irréversible. Gisèle Halimi a gagné son "pari". Grâce à cette affaire et à l'action de mouvements comme Choisir la cause des femmes, le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception, et le Mouvement de libération des femmes (MLF), l'opinion est sensibilisée ouvrant ainsi la voie à la loi Veil.

Novembre 1974, la ministre de la Santé, Simone Veil présente son projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse. L'Assemblée Nationale vit durant trois jours, des débats d'une rare intensité, des tracts et brochures au contenu odieux sont distribués auprès des parlementaires. Le 29 novembre 1974, il est 3h40, la discussion s'achève et Simone Veil, femme de droite, obtient de l'Assemblée Nationale la dépénalisation de l'avortement. La loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) du 17 janvier 1975 est votée grâce à l'appui des députés socialistes et communistes.

</div> <p>Ces &#233;v&#232;nements qui parsem&#232;rent les ann&#233;es 70 vont traduire le d&#233;veloppement d'une autre relation au corps, &#224; la sexualit&#233; et &#224; l'id&#233;e qu'on se faisait du bonheur. Cela comprends &#233;galement le d&#233;tachement entre sexualit&#233; et reproduction alli&#233;e au mariage. La vie sexuelle peut d&#233;sormais se d&#233;velopper librement, en dehors des barri&#232;res qui &#233;taient &#233;tablies depuis toujours. Ces ann&#233;es voient l'approfondissement d'une certaine exp&#233;rimentation du sexe par d&#233;sir ou par curiosit&#233; d'une grande avidit&#233;. "La vie se d&#233;roule sous les couleurs de l'exp&#233;rience, on se disait qu'il ne fallait rien refuser, m&#234;me pas les exp&#233;riences homosexuelles".</p> <p>Dans le sillage des mouvements f&#233;ministes, le <span class="italique">Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire</span> (FHAR), men&#233; par Guy Hocquenghem et Fran&#231;oise d'Eaubonne, voit le jour. Son premier coup d'&#233;clat est l'irruption salle Pleyel, le 10 mars 1971, &#224; l'&#233;mission de M&#233;nie Gr&#233;goire sur RTL consacr&#233;e &#224; l'homosexualit&#233;, ce "douloureux probl&#232;me".</p> <p>Des slogans de l'&#233;poque scand&#233;s dans les rues : "Prol&#233;taires de tous les pays, caressez-vous", "Lesbiennes et p&#233;d&#233;s, arr&#234;tons de raser les murs" ou "CRS, d&#233;serrez les fesses". Dans leurs discours politiques, les femmes et les homosexuels se retrouvaient sur un terrain commun : la libre disposition du corps.</p> <p/><dl class="illustration_droite"><dt><img width="200" alt="Mai 68 - L'impact d'une r&#xE9;volution sur la sexualit&#xE9; 7" src="http://www.roomantic.fr/illustrations/actualites/mai-68-l-impact-d-une-revolution-sur-la-sexualite-7.jpg" height="150"/></dt></dl> <p>Les effets lib&#233;rateurs de mai 68 font &#233;voluer les mentalit&#233;s, changent les m&#339;urs et imposent progressivement le sexe &#224; l'&#233;cran. Les sc&#232;nes d'amour deviennent plus crues. Ce ne sont plus des femmes nues, des baisers mais des sc&#232;nes de plus en plus explicites. C'est l'av&#232;nement du cin&#233;ma &#233;rotique. <span class="italique">Emmanuelle</span> avec Sylvia Krystel, le culte du plaisir et de la jouissance, rencontre un succ&#232;s plan&#233;taire. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; interdit par le gouvernement Pompidou pour "manque de respect envers le corps humain", le film fait 16 000 entr&#233;es le jour de sa sortie. Sans oublier <span class="italique">les Contes immoraux</span> de Val&#233;rian Borowczyk, &#233;voquant le libertinage &#224; travers les si&#232;cles de mani&#232;re ouvertement &#233;rotique.</p> <p>Les ann&#233;es 1973 et 74 marque la grande offensive du sexe &#224; l'&#233;cran. Les r&#233;alisateurs profitent de cette br&#232;che qui s'ouvre &#224; eux. Bertrand Blier et l'inoubliable <span class="italique">Les Valseuses</span> avec Miou-Miou, Patrick Dewaere et G&#233;rard Depardieu, illustre parfaitement cette fr&#233;n&#233;sie sexuelle. <span class="italique">Le Dernier Tango &#224; Paris </span>de Bernardo Bertolluci avec Marlon Brando, un film sulfureux &#224; travers une sc&#232;ne mythique sugg&#233;rant la sodomie.</p> <div style="text-align:center"><iframe width="355px" src="http://www.ina.fr/archivespourtous/popup.php?vue=partenaire&amp;partenariat=e9c2ccf3b3b7bc833ba2acd84eb2de39" frameborder="0" height="430px"/></div> <p>Dans le m&#234;me temps, les premiers films "hardcore" (contenant des actes sexuels non simul&#233;s), arrivent en France d&#232;s 1975. Alex de Keuzy dans <span class="italique">Anthologie du Plaisir</span> expose le sexe de mani&#232;re claire, sans artifices, passant alors de la suggestion &#224; la repr&#233;sentation non simul&#233;e de l'acte. Des films incontournables marqueront leur &#233;poque tels que <span class="italique">Derri&#232;re la porte verte</span> en 1972 des Fr&#232;res Mitchell. Ce film r&#233;colte d'excellentes critiques, devenant vite le film &#224; voir. Au Festival de Deauville en 1975, le ministre de la culture de l'&#233;poque, Michel Guy, r&#233;servera une rang&#233;e de fauteuils VIP pour la premi&#232;re fran&#231;aise du film.</p> <p/><dl class="illustration_droite"><dt><img width="200" alt="Mai 68 - L'impact d'une r&#xE9;volution sur la sexualit&#xE9; 6" src="http://www.roomantic.fr/illustrations/actualites/mai-68-l-impact-d-une-revolution-sur-la-sexualite-6.jpg" height="150"/></dt></dl> <p>Autre grand classique : <span class="italique">Deep Throat </span>(Gorge profonde) dont le sc&#233;nario se r&#233;sume en quelques lignes. Frustr&#233;e sexuellement, une femme prend rendez-vous avec un m&#233;decin. Celui-ci d&#233;couvre qu'un clitoris se cache au fond de la gorge de la jeune femme et lui conseille alors une th&#233;rapie singuli&#232;re, pratiquer des fellations particuli&#232;res, des "gorges profondes". Ce film devient un v&#233;ritable ph&#233;nom&#232;ne culturel, un film culte pour toute une g&#233;n&#233;ration.</p> <p>La prolif&#233;ration de ce nouveau genre de films provoque des remous. La loi de 1975 institue le classement X, c'est-&#224;-dire l'obligation de diffuser les films jug&#233;s pornos dans des salles sp&#233;cialis&#233;es et instaure une taxation sp&#233;cifique (hausse de la TVA pour ces films p&#233;nalisant fortement les producteurs). Les productions pornographiques dites hard conqui&#232;rent les cin&#233;mas devant un engouement toujours croissant du public. Le cin&#233;ma X cr&#233;e ses propres stars comme Alban Ceray et Brigitte Lahaie. En 1977, les salles X font encore 8 millions d'entr&#233;es sur la France, soit 5% des entr&#233;es.</p> <p/><dl class="illustration_droite"><dt><img width="200" alt="Mai 68 - L'impact d'une r&#xE9;volution sur la sexualit&#xE9; 10" src="http://www.roomantic.fr/illustrations/actualites/mai-68-l-impact-d-une-revolution-sur-la-sexualite-10.jpg" height="150"/></dt></dl> <p>Cette entr&#233;e du sexe dans le paysage fran&#231;ais se traduit &#233;galement par l'apparition des premiers sex-shops, ce qui est plut&#244;t r&#233;v&#233;lateur du rapport des fran&#231;ais au sexe et &#224; la pornographie. Malgr&#233; l'existence de librairies libertines d&#232;s les ann&#233;es 30, le mot sex-shop n'a lui &#233;t&#233; utilis&#233; qu'&#224; partir des ann&#233;es 70. D&#232;s 1973, l'obligation d'opacifier les vitrines (par arr&#234;t&#233; pr&#233;fectoral) oblige les propri&#233;taires des lieux &#224; se faire remarquer par des n&#233;ons et enseignes lumineuses. Des cabines de visionnage apparaissent dans ces lieux d&#233;di&#233;s &#224; la sexualit&#233;. En 1975, apr&#232;s la loi de taxation sur les &#339;uvres pornographiques, les sex-shops diffuseront les films n'ayant pas obtenu les visas d'exploitation. Les sex-shops deviennent alors des lieux de masturbation et des espaces &#224; dimension communautaire par le biais de la diffusion de petites annonces en vue de rencontres sexuelles.</p> <p>Les ann&#233;es 70 diffusent une nouvelle conception de la sexualit&#233;, un acc&#232;s &#233;galitaire au plaisir avec un orgasme partag&#233; et une place faite &#224; la masturbation. L'apparition du godemich&#233;-vibromasseur incarne parfaitement ces conceptions naissantes. En France, la presse populaire diffusent des publicit&#233;s pour ces petits gadgets vibrants. Certains organismes de vente par correspondance les proposent, sans toutefois garantir d'orgasme mais plut&#244;t une bonne sant&#233; et une am&#233;lioration de la circulation sanguine.</p> <p/><dl class="illustration_droite"><dt><img width="200" alt="Mai 68 - L'impact d'une r&#xE9;volution sur la sexualit&#xE9; 9" src="http://www.roomantic.fr/illustrations/actualites/mai-68-l-impact-d-une-revolution-sur-la-sexualite-9.jpg" height="150"/></dt></dl> <p>L'ensemble de la soci&#233;t&#233; est travers&#233;e par une vague de lib&#233;ration sexuelle. De sujet tabou, la sexualit&#233; devient sujet de soci&#233;t&#233; en investissant la place publique. Elle sort du domaine m&#233;dical avec le rapport Simon en 73, sur le comportement sexuel des fran&#231;ais, une grande enqu&#234;te d'opinion tentant de traiter la sexualit&#233; dans sa dimension sociologique.</p> <p>L'&#233;cole n'a pu faire autrement que de s'ouvrir &#224; cette lib&#233;ralisation de la morale et des m&#339;urs &#224; travers l'apparition de cours d'&#233;ducation sexuelle. En 1971, le c&#233;l&#232;bre tract du Docteur Carpentier, "Apprenons &#224; faire l'amour, c'est l&#224; le chemin du bonheur. C'est la plus merveilleuse fa&#231;on de se connaitre", diffus&#233; dans les lyc&#233;es, est consid&#233;r&#233; comme une provocation. Cela lui vaudra d'&#234;tre interdit par le conseil de l'ordre d'exercer son m&#233;tier pendant un an et d'&#234;tre accus&#233; et condamn&#233; pour "outrages aux bonnes m&#339;urs".</p> <p/><dl class="illustration_droite"><dt><img width="200" alt="Mai 68 - L'impact d'une r&#xE9;volution sur la sexualit&#xE9; 8" src="http://www.roomantic.fr/illustrations/actualites/mai-68-l-impact-d-une-revolution-sur-la-sexualite-8.jpg" height="150"/></dt></dl> <p>En juillet 1973, apr&#232;s le cr&#233;ation du Conseil Sup&#233;rieur de l'Information Sexuelle, de la R&#233;gulation des Naissances et de l'Education Familiale (&#224; l'initiative de Lucien Neuwirth), parait la circulaire du 23 juillet 1973 (ou la circulaire Fontanet), introduisant l'information et l'&#233;ducation sexuelle en milieu scolaire. D'une part, une information scientifique int&#233;gr&#233;e aux programmes de biologie, et d'autre part, une "&#233;ducation &#224; la responsabilit&#233; sexuelle" sous la forme de s&#233;ances facultatives, en dehors de l'emploi du temps, sous l'autorit&#233; du chef d'&#233;tablissement, avec autorisation des parents pour les plus jeunes.</p> <p>Le sexe a d&#233;sormais sa place au sein de la soci&#233;t&#233;. Le mouvement de lib&#233;ration sexuelle a permis d'ouvrir la voie aux femmes vers une sexualit&#233; libre, une libert&#233; de gestes, de pens&#233;es et au plaisir.</p> <div style="clear:both"/> <!-- Fin du bloc actualite_contenu -->
Ajouter un commentaire Signaler un abus Imprimer cet article Partager sur Facebook Voir l'article original
Retour à La Une de

Ces articles peuvent vous intéresser :

Ajouter un commentaire