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Roland Buti, invité de Tulalu!? au Lausanne-Moudon

Publié le 03 mars 2015 par Francisrichard @francisrichard
Roland Buti, invité de Tulalu!? au Lausanne-MoudonRoland Buti, invité de Tulalu!? au Lausanne-Moudon

Hier soir, Roland Buti était l'invité de Tulalu!?, au Lausanne-Moudon. Le rendez-vous a failli ne pas avoir lieu. L'auteur du roman Le Milieu de l'horizon a en effet noté que l'invitation est pour le mardi 3 mars 2015 et il a même dû jongler un peu pour être libre ce soir-là. Comme il tarde à venir, un des convives sait heureusement comment le joindre par téléphone... et tout finit par rentrer dans un ordre rassurant.

Le thème du Milieu de l'horizon est justement la fin de l'ordre rassurant de l'enfance pour Gus, le narrateur, qui a treize ans quand le récit commence et quand cet ordre se défait. Jusque-là tout allait bien. Il vivait avec papa, maman et Rudy, leur valet, un simple d'esprit, resté dans l'enfance.

La vie était semblable pour Gus à l'univers bien cadré des bédés, où il aurait bien voulu jouer les héros, aux prégoratives bien délimitées par les vignettes. Seulement la réalité n'est pas univoque, elle est plus complexe qu'il ne l'imagine...

L'histoire se passe dans une ferme du Pays de Vaud. La famille Sutter, originaire du canton de Berne, s'y est installée, comme celle du cousin de l'auteur, qui s'est inspiré de la vie de son parent pour écrire son roman.

Les noms des rues du village, où se passe l'action, sont bien ceux des rues du village habité par son cousin. Son cousin, le père, a bien eu un valet mongolien prénommé Rudo et, comme dans le roman, la femme de son cousin, la mère, part un jour avec une autre femme, ce qui la libère mais bouleverse l'ordre établi etc.

Pierre Fankhauser, qui pose les questions à Roland Buti, aimerait bien, malicieusement, lui faire dire qu'il approuve ou désapprouve tel ou tel propos de l'un de ses personnages, mais ce sont justement, et seulement, des personnages, dont il se contente de rapporter les propos, comme tout bon romancier...

Et, finalement, ce livre est rien moins qu'autobiographique, s'il s'inspire d'une histoire vraie familiale, à l'exception peut-être des sensations qu'il a éprouvées jadis quand, citadin, il rendait visite à cette famille de la campagne.

Roland Buti se défend également d'avoir voulu écrire un roman paysan. Hormis un tout petit passage, emprunté furtivement, sans guillemets, à Gustave Flaubert, il n'y a guère de descriptions, encore moins de détails sur l'existence agricole ou d'utilisation de patois dans les dialogues, qui auraient, alors, pris quelques couleurs locales.

Selon lui, les personnages de son roman sont confrontés aux mêmes situations morales que celles de citadins de l'époque, l'été 1976, un été caniculaire, unité de temps de cette tragédie. L'unité de lieu étant la ferme. L'unité d'action le passage, avec, notamment, la venue de l'autre femme, Cécile, de l'enfant Gus à l'adulte Auguste, malgré qu'il en ait.

Le Milieu de l'horizon a du succès. Il a été traduit en allemand, en danois, en letton, en hébreu. Il vient d'obtenir le Prix du roman des Romands, qui est décerné par des élèves suisses de gymnases et d'écoles. Lui-même, professeur d'histoire, Roland Buti n'a eu aucun mal à défendre son livre auprès de cet auditoire particulier.

De passage dans une école en France, il a ainsi pu répondre aisément aux questions sans complexes d'élèves qui avaient dressé, sur une diapo Power Point, deux colonnes, où ils avaient noté dans l'une ce qu'ils avaient aimé et dans l'autre ce qu'ils n'avaient pas aimé, par exemple, le manque d'action du roman ou sa fin elliptique...

Quand Roland Buti écrit, il ne se pose pas de questions intellectuelles. Il écrit. Il ne cherche pas à être intelligent. Il comprend après coup ce qu'il a écrit d'instinct, surtout par les lectures qu'en font les autres...

Les explications, que ces autres donnent, sont parfois judicieuses et, à la réflexion, correspondent à ce qu'il a voulu dire, plus ou moins consciemment, mais ce n'est pas toujours le cas. Ainsi une lectrice lui a fait remarquer que son héros, Auguste Sutter, porte les nom et prénom d'une personne qui a existé et dont Blaise Cendrars a fait le héros de son roman L'or...

De même le titre de son roman Le Milieu de l'horizon donne-t-il lieu à des interprétations auxquelles il n'avait pas songé en le choisissant avec son éditeur: le passage de l'enfance à l'âge adulte, le milieu entre la nature d'en-haut et la nature d'en-bas etc.

Il est vrai que, dans la vie, il y a beaucoup d'événements ou d'actions que l'on ne s'explique pas au moment où on les vit et qui ne se comprennent qu'a posteriori. En fait Roland Buti voulait donner à son livre le titre L'été 1976, mais il a appris que sous ce titre paraissait au même moment un livre édité par Gallimard...

Roland Buti a donc proposé quatre titres à Caroline Coutau, son éditrice, dont Le Milieu de l'horizon. Ce dernier titre provient de La Jument verte de Marcel Aymé, où l'un des personnages ne veut pas "être seul au milieu de l'horizon"... Titre qui, en définitive, n'est pas trop long, qui a donc été adopté et qui se prête bien aux conjectures...

D'une manière générale, Roland Buti aime les titres courts et donne volontiers des prénoms et des patronymes courts à ses personnages, monosyllabiques de préférence, dissylabiques éventuellement. Car il a un mauvais souvenir d'enfance des romans russes qu'il lisait et dont il était impossible de retenir les noms des personnages...

Au fait, Buti ne comprend curieusement que deux syllabes, qui sonnent italien. Son patronyme est en réalité Butikofer. A l'école, de son temps - est-ce toujours le cas? -, on ne s'appelait jamais que par son nom de famille. Comme Butikofer était un peu long, ses camarades de classe l'appelaient Buti... Il a gardé ce diminutif pour signer ses livres.

Dans Le Milieu de l'horizon, les phrases courtes alternent avec les phrases longues. Si ce genre de texte n'est pas facile à lire à haute voix - le comédien René-Claude Emery, qui en a lu trois extraits, avec justesse et sobriété, en sait quelque chose -, il n'en est pas moins musical, sans doute parce que Roland Buti a beaucoup de bonheur à l'écrire - celui de l'artiste qui fait l'homme - et que, sans recourir au gueuloir de Flaubert, il en peaufine les sonorités en écoutant sa voix intérieure.

Francis Richard

Le Milieu de l'horizon, Roland Buti, 192 pages, Zoé (2013)


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