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Entretien avec le chanteurJann Halexander : A Table...

Publié le 22 octobre 2010 par Veryfriendly
Entretien avec le chanteurJann Halexander : A Table... Veryfriendly : Bonjour Jann Halexander, merci pour cet entretien. D'emblée, je poserais cette question : alors marginal ou pas ? Car après tout vous êtes en partie dans le Système (distribués à la Fnac, produit par le label midi52, entraperçu à la télé)
Yann Alexander : Je le dis souvent, c'est une sorte de boutade. On m'a tellement dit au début, avec des chansons comme Alien Mother, L'Ombre Mauve que c'était marginal que je me suis approprié ce 'statut'. Mais je ne suis pas sûr d'être plus marginal que d'autres. Bon, disons qu'effectivement, un mec comme moi, qui s'affiche, ça ne court pas les rues. Mais il ne faut pas avoir honte de crier qu'on existe. Je crois qu'il est difficile de s'exclure totalement de ce que vous appelez système. Et puis ce mot n'est pas...un gros mot. Par contre, oui je suis dans les marges. J'ai sans doute ma part de responsabilité. Je ne suis pas neutre. Tant mieux d'ailleurs. J'ai horreur du consensus permanent. Et s'il y en a que je braque et bien après tout...tant pis!

Vous êtes présents sur plusieurs domaines : la musique, la chanson, le théâtre, le film. N'est-ce pas risqué ?
Complètement. Je suis fou. En même temps on n'a qu'une vie. Si c'est pour passer à côté ce n'est pas la peine.

Vous avez commencé fin 2003, ça va donc faire bientôt 7 ans que vous chantez. Dans le contexte actuel, comment exercez-vous votre activité de chanteur ? Que pensez-vous du débat autour de la crise du disque ou de la scène ?
Par la force des choses, ça va faire 2 ans que je ne fais que ça :créer, chanter, jouer, réaliser. Pour le meilleur et pour le pire, c'est un métier passionnant mais extrêmement difficile, et c'est un euphémisme. De là à rentrer dans le débat sur la crise du disque, de la scène, je m'en fous un peu. L'idée déjà que des gens m'écoutent, me suivent depuis 7 ans, que parfois on me reconnaît dans la rue, c'est surprenant, gratifiant car la reconnaissance est là. Des gens écoutent mes chansons chez eux, regardent mes films, en parlent. Mais rien n'est acquis. Je dois dire aussi que je suis né au Gabon et que j'ai vécu dans un pays où...mes parents, certes vivaient bien par rapport à la moyenne nationale, mais pas très loin, c'était facile de tomber sur des bidonvilles sans eau potable, sans électricité...que voulez-vous sérieusement que cela signifie pour moi vivre de ventes de Cds ou de places de concert ? J'envisage la création comme un état d'esprit, c'est quelque chose d'assez transcendantal. Lorsque je suis sur scène, tout mon corps n'est que chanson, je suis chanson, c'est une obsession. Je ne suis pas naïf, je porte ma "carrière" sur mes épaules, je ne peux pas fermer les yeux sur les notions matérielles mais il y a aussi des alternatives...

On a dit de vous que vous êtes un Jean Guidoni métis, voire un Sous-Guidoni...tout comme lui, n'avez-vous pas peur d'être taxé d'élitiste ?
Guidoni c'est Guidoni, moi c'est moi. C'est un grand artiste et je comprends les comparaisons. Même si ce n'est pas toujours agréable. Quand un programmateur radio ou concert vous dit : écoutez, c'est bien gentil ce que vous faîtes mais on a déjà Guidoni, vous comprenez ... c'est assez désagréable. L'artiste n'y est pour rien. Quant à l'aspect élitiste : parler d'amour, de passion, de mort, est-ce élitiste ? Mon vocabulaire est moins poussé que Juliette ou Gainsbourg...récemment j'ai écouté un disque de Clémence Savelli, sur la détresse, la peur de l'avenir, des sentiments que nous avons tous. Peu de gens parlent de son disque et pourtant cela n'a rien d'élitiste. Finalement sous-entendre d'un artiste qu'il est élitiste, c'est peut-être lui reprocher de vouloir tirer les gens vers le haut. On en revient encore à la notion de transcendance. Parce que si nous élevons massivement les gens vers des cimes inconnues, certaines émissions affligeantes à la télévision enregistreront des chutes d'audience vertigineuses. Mais ce que je dis là est assez...banal.

Lorsqu'on voit les vidéos d'extraits du concert donné à l'Archipel en juin dernier, on sent que vous êtes dans vôtre élément mais on sent aussi l'osmose avec le public, notamment lorsqu'il chante A Table avec vous...
Osmose, ça arrive de plus en plus. Je pense que j'ai beaucoup de respect pour les gens qui se déplacent pour me voir (ils ne sont pas obligés). Et que cela se sent. Qu'ils reviennent. Même si le lien artiste-public est fluctuant. Mais je mets la même énergie qu'il y ait 5 ou 50 personnes. Certaines personnes considèrent que 5 personnes, ce n'est pas un public. Je ne peux pas approuver ce genre de propos. Et puis il faut dire quand même la vérité, j'aime ça, chanter...devant les gens...au début j'étais réticent...parce que je crois que j'avais peur. L'Archipel, le 11 juin, c'est un très beau moment. Une belle salle, deux musiciens excellents, un public présent et chaleureux. Cela ressemble un peu à un cocon, il n'y a pas de grande messe, pas de milliers de gens, mais quelque chose se passait. Une amie me disait qu'elle avait eu du mal à dormir après, tellement elle avait été marquée par l'atmosphère...

Allez, une question comme seul oserait poser un journaliste de la revue Platine, parlons chiffres, combien avez-vous vendu à ce jour ?
Je vais répondre cash...environ 5.000 DVD et CD à ce jour en cumul. Je parle des ventes réelles. Et 2.000 spectateurs depuis mes débuts. 60 représentations je crois à peu près. Je sais qu'il y a eu aussi pas mal de téléchargements illégaux. Mais bon...c'est pour ça que je peux dire que je suis dans les marges. Mais le paradoxe est que le public vient plutôt régulièrement. Maintenant, chaque artiste s'organise, avance avec les moyens qu'il a et puis aussi des objectifs qu'il se fixe, une certaine façon de voir les choses.

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