
Argento… Un nom bien connu des amateurs de giallo et de films d’horreur italiens. Pour les trentenaires, Argento va avec Dario. Pour les plus jeunes, ca va plutôt avec Asia (encore que, je ne suis pas vraiment capable de quantifier son aura « people »). Mais revenons au padre, qui des Frissons de l’Angoisse à Suspiria a marqué de son empreinte le cinéma de genre. Et l’air de rien, la mamma aussi: Daria Nicolodi a joué sous la direction de Mario Bava et de Dario Argento, bien entendu. Pas étonnant qu’Asia reste dans la « famille » pour ses débuts. Si sa soeur Fiore a participé au Démons de Lamberto Bava, Asia a également son petit rôle dans la suite, toujours produit par papa. A 11 ans, le genre s’est déjà emparée d’elle, et c’est logiquement qu’elle tourne sous la direction d’un autre protégé de Dario, l’excellent Michele Soavi. Dans Sanctuaire, la voilà confrontée 3 ans plus tard à d’autres démons, plus religieux cette fois. Le film est bien barré, mais il manque quelque chose au film pour vraiment en faire une bonne série B. La formule magique de Bloody Bird a été perdue entretemps. Qu’à cela ne tienne, papa la sent prête pour venir tourner avec lui en Amérique le mal aimé Trauma. Il y a toujours eu un problème avec Dario Argento, c’est que ces fans s’attendent toujours un chef d’oeuvre, le pauvre n’a même pas le droit de faire un petit film sympathique, ce qu’est assurément Trauma. On retrouve avec plaisir Piper Laurie (Carrie, Twin Peaks) qui cabotine toujours à mort, et Brad Dourif, plus sobre. Asia vole la vedette à tout le monde dans son rôle de jeune anoxerique (elle avait perdu quelques kilos pour l’occasion), et si j’ai décidé de copier le film à l’époque où je l’avais loué, c’est surtout grâce à elle. C’est pratiquement le premier film que j’ai vu avec la demoiselle (j’avais vu Démons 2 avant, mais vu son petit rôle, j’étais complètement passé à côté), et je me suis dit que c’était surement pas le dernier!

Elle confirmera ses talents de comédienne dans un second film avec son père, mais avant elle fait un petit tour par la France. Et oui, madame est polyglotte (sauf quand elle est fatiguée, là, le français dans les interviews, elle en veut pas!
) et en plus, elle a la vista. Je me demande bien ce qui a pu l’attirer dans la Reine Margot, car au premier abord, ça faisait un peu peur: film historique, Isabelle Adjani, Vincent Perez, 3 ingrédients qui laissent penser à une oeuvre gentillette et consensuelle. Et bien, pas du tout, ce film est un véritable carnage, et le réalisateur Patrice Chéreau filme cette guerre entre catholiques et protestants de la manière la plus radicale possible. Je pensais m’endormir en le regardant à la télé, c’était tout l’inverse et j’ai été scotché jusqu’à la dernière minute. Une réussite, donc. Asia a un petit rôle, mais très émouvant, c’est parfait! Retour en Italie, et retour à Dario, pour une de ses dernières grandes oeuvres: Le syndrome de Stendhal.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas ménagé sa fille! Dans le rôle d’une femme-flic qui doit affronter un tueur en série et violeur, Asia va devoir passer par toute une kyrielle de violentes émotions, dues entre autres à une brutale agression et au fameux syndrome qui provoque des hallucinations. Entre trip et giallo, une réussite de la part de Dario et une très bonne performance d’Asia. De quoi remettre la sauce pour un prochain film, une énième adaptation du Fantôme de l’Opéra. Mais l’inspiration a cette fois baissé d’un cran, ce qui donne un film baroque assez bordélique, saupoudré d’un humour parfois douteux. C’est Julian Sands qui revêt la défroque du fantôme, mais il n’est ni défiguré, ni inspiré, et à vrai dire, si Asia ne jouait pas dans ce film, je serais surement moins gentil à son égard. Reste tout de même de jolis catacombes…

Changement de registre avec B. Monkey, une comédie policière romantique, où elle joue cette fois une voleuse de diamants qui va changer sa vie de manière spectaculaire, en tombant amoureuse d’un « simple » professeur d’école primaire. Moi, les comédies romantiques, ça ne marche que si l’actrice me plaît, autant dire qu’ici ca turbine du feu de dieu. En bonus, un Rupert Everett en bonne forme, et ça donne un délicieux petit film!

Viens ensuite une grosse prod’ pour la télévision française, Les Misérables de Josée Dayan. Alors, oui, rayon mise en scène, on repassera, mais c’est tout de même assez agréable de voir Gégé et John Malkovich en découdre pendant 4 épisodes. Et alors que je commençais à désespérer, voilà qu’enfin Asia apparaît dans le troisième, dans le rôle d’Éponine Thénardier. Elle se réserve même la seule scène « gore », où empoisonnée il me semble, elle commence à cracher des litres de sang, pour le plus grand bonheur des amateurs de bis italien! C’était presque un plaisir coupable de regarder une série télé sur TF1! Comme elle aime bien la France, elle y reste pour les besoins des Morsures de l’aube, pour un rôle taillé sur mesure d’une fille énigmatique qui va chambouler la petite vie tranquille de Guillaume Canet. Antoine de Caunes soigne son premier film, belle photo, et surtout reste volontairement ambigu sur ces vampires de la nuit. Vrais suceurs de sang ou véritables oiseaux nocturnes, impossible de le dire. Asia a finalement peu de scène, mais on peut comprendre que le personnage de Guillaume Canet passe ses nuits à la chercher
.

L’épopée française continue avec La Sirène Rouge, d’Olivier Megaton. Très stylisé, ce film suit les pas d’Alice, une jeune fille de 12 ans, dont la mère est à la tête d’une puissante association de malfaiteurs. Alice prend la fuite après une histoire de meurtre et devient la cible de sa propre mère et d’une inspectrice italienne. Devinez qui joue l’inspectrice? Ça alors, vous êtes fort, dites donc! Rien d’inoubliable dans ce film, mais je ne me suis franchement pas ennuyé, c’est déjà pas mal pour un film de genre français. La même année, elle joue dans ce qui reste surement son film le plus connu: le bourrin xXx, à l’époque où Vin Diesel était devenu une méga-star.

Ça péte de tous les côtés, c’est complétement surréaliste, mais on en a pour son argent (du moins celui qui venait au cinéma en mettant son cerveau dans un bocal). Asia est bien entendu super jolie, mais ça faisait vraiment bizarre de la voir en potiche. Elle qui est anti-commerciale au possible, s’est retrouvée dans tout ce qu’elle détestait le plus, la grosse prod’ sans saveur, et je ne pense qu’on ne la reverra pas de sitôt dans un film similaire. J’espère que ce sera aussi le cas en pensant au téléfilm Milady car là, j’ai bien regretté sa fidélité à Josée Dayan: cette histoire tournant autour de la Milady des trois mousquetaires était assez soporifique. Je ne sais pas trop si c’est à cause d’Arielle Dombasle ou le personnage en soi, mais je préférais mille fois la Milady incarnée par Faye Dunaway! Allez zou, on oublie, et on passe à un film de et avec Asia Argento! Le livre de Jérémie est en effet un film 100% Asia et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette délicieuse jeune femme est complétement barrée!!

Elle inverse complètement les rôles entre un enfant mature et sa mère complétement à l’ouest. On peut vraiment s’étonner qu’une maman ait pu faire un film pareil, car le gosse s’en prend mais plein la gueule!! Tout simplement ahurissant et à voir absolument pour le dépaysement! Une artiste trash, la p’tite Argento? Tout à fait! J’espère simplement qu’elle ne se mettra pas à faire des trucs comme Gus Van Sant, qui arrive parfois à faire de très bon films (Elephant), mais aussi des machins atrocement chiants comme Last Days, où Asia fait plus de la figuration qu’autre chose. Dans le genre je suis un artiste, je plâne, je fais ce que je veux, c’est assez horripilant et il ne se passe absolument rien dans ce vide censé évoquer Kurt Cobain. Elle persiste dans la section arts et essais, en étant également présente dans un court-métrage en sélection à Cannes, Cindy: The Doll Is Mine. Asia Argento est de tous les plans car elle incarne à la fois une photographe brune et sa modèle blonde, censée se donner complètement face à l’objectif. Bon, on ne sait pas trop quoi penser à la fin, mais l’objet filmique parvient à être fascinant quelques secondes. Sans transition, on passe à Land of the Dead, la suite tant attendue de la trilogie romerienne. Si George ne retrouve pas la fureur d’un Dawn of the Dead, cette suite est tout à fait honorable, en plus d’être divertissante (ce qui manquait un peu dans ses précédents films). Lui qui avait connu Asia toute petite lors du montage européen de Zombie supervisé par Dario Argento, le voilà en train de la diriger pour son grand retour après 5 ans d’absence! Dommage que le rôle n’est franchement pas très important, c’est bien le seul gros défaut du film, d’ailleurs.

On passe du coq à l’âne, car des zombies à Marie-Antoinette, il n’y a qu’un pas qu’Asia n’hésite pas à franchir une seule seconde. J’ai beaucoup de mal à parler de ce film, qui a l’air d’être réservé exclusivement aux femmes. Un peu comme Commando ou Rambo III, exclusivement réservé aux mecs (vient s’ajouter à la liste Piranha 3D…
). D’autant plus que Kirsten Dunst écrase tout le film (ce qui n’est pas pour me déplaire, la pauvre est obligée de tourner sous la direction de Sofia Coppola pour démontrer tout son talent) et il ne reste que des miettes pour les autres actrices. Un film qui reste dans sa bulle et que je regarde d’un oeil distrait, me sentant vraiment à l’écart. Un peu pareil mais pour d’autres raisons pour le déjanté Transylvania. Tony Gatlif adore les gitans, les tziganes et les p’tits gars itinérants et ça se sent à chaque secondes du film. Mais son prétexte à l’histoire est tout de même un peu trop gros pour se sentir proche des personnages. Asia traverse la Roumanie avec une amie et un guide afin de retrouver son amant.

Celui-ci la rejette totalement, sans savoir qu’elle est enceinte. Et la future mère pète un plomb, plante ses compagnes de voyage et part à l’aventure dans une contrée dont elle ignore tout. Ca me semble tellement impossible que j’ai vraiment du mal à croire à cette histoire. Et puis, les road movies n’ont jamais vraiment été mon truc, donc ce film restera plus une curiosité pour moi. Mais c’est à l’évidence un choix délibéré d’une actrice toujours en quête de quelque chose de différent, ce qui donne une filmographie pas évidente à rassembler pour un cinéphage lambda. Elle fait l’année suivante un petit détour par le cinéma de Catherine Breillat, dans Une vieille maîtresse, pour un rôle qui lui va comme un gant. Le film raconte l’histoire de l’emprise d’une aristocrate espagnole, Vellini, sur un jeune homme, promis à la fille d’une marquise.

Une passion incontrôlable entre deux êtres humains, qui dure depuis 10 ans. Grâce à l’actrice italienne, à la fois ensorceleuse, vulgaire, fragile, charnelle et tutti quanti, il ne faut pas se forcer pour vivre cette histoire. Cette femme est démoniaque. Quand je la vois en photo, je me dis « Oui, elle est jolie, mais bon… » et puis dans un film, elle dégage quelque chose en plus, quelque chose de surnaturel. Nul doute que si on était encore au moyen-âge, Asia aurait été brûlée vive avec d’autres sorcières du même acabit! Vivement d’autres films que je subisse de plein fouet tous ses sortilèges! 
Soundwave
