Aucune différence ne peut plus servir de prétexte à des discriminations d’État. Cette victoire, arrachée aux obscurantismes, est essentielle pour les couples et les familles. Elle annonce surtout la disparition prochaine d’une inégalité qui, au fil des bouleversements de la vie, était devenue insupportable.
Bien sûr, nous regrettons que les couples de lesbiennes n’aient pas encore obtenu l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA). Mais en ces heures importantes pour l’organisation de toute la société française, comment ne pas penser à tous ceux qui n’ont jamais renoncé au combat du mariage pour tous, affrontant les injures et l’opprobre, qu’ils soient militants des luttes contre les discriminations, défenseurs des droits, acteurs d’associations, élus et autres citoyens anonymes, tous épris de justice sans lesquels rien n’aurait été possible? Cet immense progrès a d’ailleurs valeur d’exemple: quand elle est sous surveillance des citoyens et quand elle se rassemble sur ses promesses, rien n’arrête la gauche! Si le gouvernement montrait autant de zèle à réorienter sa politique économique et sociale, personne n’oserait plus opposer les luttes sociales aux luttes sociétales… C’est dans la multiplicité des combats pour l’avancée de l’humanité qu’on reconnaît la gauche.
Dans sa course folle vers l’extrême droite, l’UMP a été complice de cette radicalisation et de ce climat de violence politique à l’état pur, qui, à bien des égards, a ressemblé à une régression démocratique affligeante. Car les digues ont lâché. Hier, le vice-président de l’UMP, Guillaume Peltier, a justifié la présence du député FN Gilbert Collard lors de la manifestation du 21 avril en utilisant cet argument: «Est-ce que vous croyez que Simone Veil, Valéry Giscard d’Estain, Jacques Chirac ont été gênés de défiler aux côtés de Jean-Marie Le Pen le 24 juin 1984 pour l’école libre?» Mensonge. Il y a trente ans, le FN avait défilé dans un cortège à part. Voilà le genre de procédé minable auquel se prête l’UMP. Maintenant, tous les moyens sont bons pour excuser l’inexcusable.
[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 24 avril 2013.]